OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Les data en forme http://owni.fr/2012/02/14/les-data-en-forme-episode-20/ http://owni.fr/2012/02/14/les-data-en-forme-episode-20/#comments Tue, 14 Feb 2012 15:39:21 +0000 Paule d'Atha http://owni.fr/?p=98487 Un peu plus de deux mois nous séparent du premier tour de l’élection présidentielle française, et quelques heures de la probable déclaration de candidature du président sortant. Sans parler de la sortie imminente du “Véritomètre” propulsé par i>TÉLÉ et OWNI, dont on vous causera en détail à une autre occasion.

Vérifier les faits

Nous démarrons notre tour d’horizon par le Promessomètre, résurgence assumée (et assez réussie) du fameux Truth-O-Meter [en], référence absolue en matière de vérification de la parole politique sur le web. Auto-financé, d’une neutralité auto-proclamée et propulsé par cinq “simples citoyens” (et “pas des journalistes”), l’outil est structuré autour des six (présumés) (principaux) candidats. Pour chacun d’eux, la volonté de compulser de manière exhaustive l’ensemble de leurs “promesses électorales” et surtout un joli travail – quoique balbutiant à l’heure où nous rédigeons cette chronique – de “vérification d’affirmations”. Le tout réglé par un mécanisme très simple : on attrape une citation d’un candidat, on la source, on la vérifie, on justifie l’estimation qualitative attribuée à la citation en pointant vers la source ayant permis d’étayer cette estimation.

En agrémentant le site de petites fonctionnalités amusantes comme “Ils s’aiment” (les candidats qui sont d’accord sur certains sujets de la campagne) ou “casseroles” (basées sur d’anciennes promesses pas du tout tenues), les “simples citoyens” réalisent là un véritable et bel objet de présidentielle – qui devrait, lui, respecter ses promesses d’ici le 22 avril.

Autre exercice de “fact checking” réussi, dans une dimension beaucoup plus professionnelle, est la rubrique dédiée à la vérification des faits sur Vigie 2012. Cette initiative, dont l’un des artisans est également le patron du site d’actualités européennes EurActiv.fr, n’est pas des plus récentes et ne nécessite pas forcément qu’on en fasse la promotion ici.

En revanche, la rubrique “Vrai ou Faux“, qui veut analyser “la véracité des propos de chaque candidat” et qui est donc appellée à monter en puissance durant les prochaines semaines, attire notre attention pour la simplicité et l’efficacité du traitement réservée ici au discours politique. Grâce à une cinquantaine de “veilleurs et experts”, cette vigie participe à sa manière – pertinente et élégante – au grand oeuvre de scrutation de la parole politique au cours de la campagne. Reste un petit écueil, sans doute : on ne comprend pas trop où se situe le curseur dans l’exhaustivité du traitement des propos “de chaque candidat”. Un détail au coeur de ce concept bien huilé.

Comparer les programmes

Qui propose quoi” est une application sérieuse et ludique développée pour Libération – dont chacun connait l’excellent blog Désintox, dinosaure des vérificateurs de faits. La web-app, alimentée quotidiennement de parcelles discursives, permet à l’internaute de jauger sa connaissance des citations des candidats – et surtout de certains extraits de leur programme politique – et de situer sa culture politique au moyen de ce Trivial Pursuit politique. Le mécanisme du bousin est assez simpliste mais ça fonctionne. Et cerise sur le gâteau, on peut y gagner une année entière d’abonnement au journal numérique – dès lors qu’on le vaut bien. Une libération qui en vaut une autre.

Quand on parle d’efficacité et de sobriété, France Inter rentre dans la course avec “Les propositions à la loupe“. Au menu de cette petite infographie interactive du lundi, la rédaction met à l’essai “les propositions des candidats à l’élection présidentielle” en mélangeant des extraits sonores de candidats et d’experts et des données sous la forme de visualisations pédagogiques sur les thèmes de campagne – cette semaine, le temps de travail, l’éducation, la fiscalité et le logement.

Hors média, célébrons également l’arrivée remarquée parce que remarquable du site Voxe.org. Pas moins de 13 têtes pensantes pour cette plate-forme bien goupillée, permettant dans un environnement d’une extrême sobriété de comparer les programmes de deux candidats de son choix sur des thématiques précises. Philosophiquement, la démarche est très similaire au Promessomètre : “citoyenne et totalement neutre”. Les sources sont celles mises à disposition par les candidats eux-mêmes, non modifiées. Sur le modèle, on navigue ici dans un espace mieux structuré : API disponible, applications iOS et Android, financement possible grâce à Kiss Kiss Bank Bank. Et le petit détail qui rend possible une gloire méritée : le crowdsourcing, puisque chaque internaute est appelé à contribuer à l’enrichissement de la base de données. Un très beau projet, pour de vrai.

Comparer les sondages

Un bien bel objet “data” également présent cette semaine dans la veille, pondu par le Nouvel Obs : “Le comparateur des sondages“. Sans être une performance artistique ni un monstre d’originalité, cette application recueille, exploite et affiche de manière exhaustive l’ensemble des sondages disponibles durant la présidentielle et offre la possibilité sommaire mais indispensable de manipuler les candidats afin de se créer sa visualisation personnalisée. On lira au passage, également, le petit kit de survie citoyenne face aux sondages permettant de digérer autant de chiffres dissemblables, affirmant tous, pourtant, refléter l’opinion avec précision. Croire ou ne pas croire, là n’est pas la question : c’est un objet techniquement bien ficelé.

Tweet à mort, Twitamore

Et nous ne refermerons pas cette chronique hebdomadaire sans faire référence aux amoureux qui se la roucouleront douce ce soir.

Primo, ne manquez pas l’indispensable compagnon du jour pour faire le joli coeur – et un(e) nouvel(le) ami(e) sur Twitter : Twitamore [en]. C’est absolument stupide, et absolument indispensable un 14 février.

Secundo mes chéri(e)s, si vous manquez d’espoir dans l’humanité aujourd’hui, voyez ces deux-là : un buffet bien achalandé de précieux verres à cognac de toutes les formes (il faut être un peu collectionneur), une passion pour le ballet russe, une dose infinie de talent, d’humour et de poésie. Regardez bien : l’amour se cache, là, oui, voilà. Bonne nuit.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

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Les sondages écrivent notre futur politique http://owni.fr/2011/10/24/les-sondages-ecrivent-notre-futur-politique-presidentielle-ps/ http://owni.fr/2011/10/24/les-sondages-ecrivent-notre-futur-politique-presidentielle-ps/#comments Mon, 24 Oct 2011 09:49:21 +0000 Jean-Paul Jouary http://owni.fr/?p=84264

La question n’est pas, comme pour Hamlet, d’être ou de ne pas être, mais d’en être ou de ne pas en être.
- Marcel Proust

Revenons sur l’idée à laquelle nous étions parvenus dans la chronique précédente : alors que la parole vivante peut engendrer des créations historiques comme certains peuples l’ont prouvé au cours de cette année, les sondages sur les intentions de vote induisent des comportements d’adaptation à un avenir déjà écrit et enferment dans les logiques présentes. Ils ne sont cependant pas vécus comme tels.

Que le citoyen soit hésitant ou bien déjà décidé, il recevra les sondages comme un futur déjà écrit et ne pourra alors que s’interroger sur ce qu’il peut faire pour garantir ou empêcher ce futur. Dès lors, ce n’est plus son opinion ou ses engagements qui seront son critère de choix, mais une certaine idée de l’efficacité qui risque fort de l’inviter dans certains cas à rechercher à peser contre ce qu’il ressent comme la pire des perspectives, et dans d’autres cas à se réjouir de la configuration finale mais à rechercher le signe qu’il pourrait envoyer au premier tour à l’adresse du futur vainqueur. Un certain 21 avril encore tout proche, la certitude répétée que la gauche serait opposée à la droite au second tour, alimentée pendant deux ans par les sondages, éleva la présence de Lionel Jospin à ce second tour au rang de certitude absolue. Un futur nécessaire. Dès lors chacun se sentit en droit, au premier tour, de lui envoyer un message d’exigence de gauche et de mécontentements divers. Dès lors, ce présent engendra un futur modifié, et le cauchemar de Le Pen au second tour.

Jamais sondages d’opinion ne manifestèrent avant autant d’évidences leur capacité non à prévoir l’avenir, mais à le modifier à la façon des prévisions de trafic automobile de « bison futé », que nous évoquions dans notre précédente chronique. Et cette leçon a inspiré les sondages de la campagne présidentielle de 2012. Passons sur tous ceux qui prévoyaient une victoire de DSK, finalement écarté de l’élection dans les conditions que l’on sait. Ils rappelèrent les centaines d’enquêtes qui mesurèrent en 1995 le rapport Balladur / Delors au second tour d’une présidentielle où aucun des deux ne figura.

Cette fois, tout commence vraiment au mois de mars 2011 : deux sondages aux méthodes farfelues placent Marine Le Pen en tête des intentions de vote. Effroi : à droite comme à gauche, l’idée d’un nouveau 21 avril commence à dissuader de voter pour un candidat autre que le Président sortant ou le candidat socialiste. Du coup, les enquêtes suivantes consacrent cette bi-polarisation et découragent bien des autres candidats de se présenter.

On sait désormais qu’entre les intentions de vote et ce que sera réellement le vote, deux candidats seulement bénéficieront d’un réflexe de vote efficace au détriment de tous les autres. Et tant pis pour les convictions profondes des citoyens. Même pour se déterminer lors des « primaires » socialistes, chacun se demande avant tout qui serait le mieux placé pour figurer et l’emporter au second tour. Cela ne suffit pas : malgré l’absence d’échantillon crédible, malgré l’inconnue de la participation à ce scrutin sans précédent, les sondages d’intention de vote vont dès ce niveau pré-figurer qui peut accéder au second tour de la primaire elle-même, et induire la recherche du vote efficace.

Allons plus loin : puisque les sondages d’intention de vote contribuent en fait à les façonner, les divers scrutins finissent soit par leur donner raison, soit par leur donner tort parce que tel était le but recherché. Comme « bison futé » paraît avoir tort lorsque, à l’heure annoncée comme devant être celle des embouteillages, la circulation est finalement fluide : la prévision est démentie parce qu’elle a modifié les comportements des automobilistes dans le sens voulu.

Malgré l’absence d’échantillon crédible, malgré l’inconnue de la participation à ce scrutin sans précédent, les sondages d’intention de vote vont dès ce niveau pré-figurer qui peut accéder au second tour de la primaire elle-même, et induire la recherche du vote efficace.

Je ne choisis plus le moment de mon départ en vacances selon mon désir, mais selon ce que l’on m’annonce comme futur découlant des choix qui découlent de mon désir. En matière d’élection, je ne choisis plus mon vote selon mes idées, mais selon ce que l’on m’annonce comme futur découlant des choix dictés par mes convictions. Je dois abandonner mon être au profit d’une foule extérieure à moi dont je dois ou ne dois par faire partie. Comme l’écrivait déjà Marcel Proust dans Sodome et Gomorrhe à propos de la politique en France, « La question n’est pas, comme pour Hamlet, d’être ou de ne pas être, mais d’en être ou de ne pas en être ».

Mais cette question en amène aussitôt une autre : comment les citoyens ont-ils pu être conduits à concevoir la politique, non plus comme une libre participation à un avenir commun, mais comme le transfert de leur souveraineté à une ou plusieurs personnes providentielles ? Si la démocratie suppose bien sûr le suffrage universel, le suffrage universel suffit-il à assurer la démocratie ? Cette interrogation a vingt six siècles, parce qu’elle est aussi ancienne que l’idée même de démocratie. Il faudra donc y revenir dans la prochaine chronique.

NB : A lire, si ce n’est fait, Le pari mélancolique, du regretté philosophe Daniel Bensaïd, publié aux éditions Fayard, pour sa façon d’articuler l’espace et le temps du politique, à l’aide de Pascal, Marx et Mallarmé. Une œuvre qui invite à s’expliquer avec la politique, en tant qu’ « elle a toujours affaire à l’obscurité et au péril des lendemains ».


Photo via Flickr par Paternité Sarai | Fotography et illustration de Marion Boucharlat pour Owni /-)

Essayiste, Jean-Paul Jouary chronique avec philosophie une présidentielle pleine de philosophie. Retrouvez ses billets sur OWNI.fr.

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Une incertitude primaire http://owni.fr/2011/10/10/une-incertitude-primaire/ http://owni.fr/2011/10/10/une-incertitude-primaire/#comments Mon, 10 Oct 2011 16:14:57 +0000 Jean-Paul Jouary http://owni.fr/?p=82782

En aucun cas et d’aucune manière le passé par lui-même ne peut produire un acte.

– Jean-Paul Sartre, L’être et le néant

Prisonnier d’un de ces embouteillages dont Paris a le secret certains dimanches soirs, la radio m’apprend que l’Université du Tennessee vient de réaliser un super-ordinateur appelé Nautilus, censé posséder la capacité de prédire l’avenir en analysant des centaines de millions d’articles de presse anglophones et des rapports gouvernementaux américains. Il s’agit pour ses concepteurs de “prévoir le comportement humain à grande échelle”, en associant des localisations géographiques à des fréquences de mots comme “bonheur” ou “malheur” selon des méthodes de calcul, précisent-ils “très proches des algorithmes utilisés dans les prévisions économiques”.

Cela devrait inquiéter, puisque ces algorithmes n’ont pas permis de prévoir la crise des subprimes, mais cet ordinateur a déjà réussi, apprend-on, à prévoir la révolution tunisienne et le lieu où se cachait Ben Laden (à 200 km près !) une fois que ces événements ont eu lieu. Diantre ! Ces chercheurs, comme les commentateurs de Nostradamus, ont donc déjà prédit le passé.

Tandis que je rêvassais dans mon embouteillage je réalisai que, pour l’éviter, j’avais pourtant suivi à la lettre les prévisions de “Bison futé”, lequel avait recommandé d’éviter d’approcher la capitale après 18 heures. J’avais donc avancé mon départ d’une heure. Or, à 17 heures, s’était formé un bouchon géant. “Bison futé” s’était-il trompé dans ses prévisions ? Sans doute pas : ses prévisions s’appuient sur les horaires et itinéraires projetés par les automobilistes, tels que les révèlent de puissantes enquêtes.

Mais tant de gens avaient comme moi décalé d’une heure leur retour pour suivre les conseils de “Bison futé”, que nous nous étions ajoutés à ceux qui, ayant eu l’intention de revenir à cette heure-là, avaient bien sûr conservé leur projet. Du coup, c’est parce que la prévision était pertinente que la réalité ne lui correspondait plus. Je me dis alors que, pour des humains, avoir connaissance du futur qui peut découler de leurs projets présents les conduit à modifier leur comportement présent, donc le futur qui peut en découler. C’est alors que me revînt une phrase qui se trouve dans L’être et le néant de Jean-Paul Sartre : “En aucun cas et d’aucune manière le passé par lui-même ne peut produire un acte”.

Bien sûr, il faudrait être fou pour prétendre que nos choix ne sont en rien engendrés par les circonstances, notre passé individuel et collectif, les tendances lourdes qui agissent sur le mouvement des sociétés pour l’essentiel à notre insu. Tout événement trouve dans les événements qui le précèdent, sinon une “explication”, du moins autant d’éléments qui permettent d’en éclairer la genèse à tel moment et en tel lieu. Pour autant, cet événement était-il déterminé par ce passé comme une sorte de nécessité unique ? N’y avait-il d’autres possibles ? Pour défendre cette idée, point n’est besoin de partager avec Descartes par exemple une conception métaphysique de la “Liberté” du sujet, qui aurait reçu de Dieu une âme spirituelle munie d’une “Volonté” échappant à tout déterminisme.

Après tout, Marx avait souligné dans toute son œuvre que “ce sont les hommes qui font l’histoire, mais dans des conditions déterminées”. Les conditions peuvent être déterminées, l’histoire demeure tout de même l’œuvre des hommes. C’est pourquoi Marx remarquait aussi que “l’histoire a toujours plus d’imagination que nous”. Non que nous manquions d’imagination, d’ailleurs : c’est même parce que nous imaginons un certain futur que, ce futur nous effrayant ou nous séduisant, nous modifions nos façons d’agir de sorte que le futur que nous imaginions ne peut jamais se réaliser. Si la devise anarchiste “Ni Dieu ni maître” a un sens, c’est bien lorsqu’on l’applique au temps. Jamais le futur ne sera écrit dans les pages du présent.

Toujours bloqué dans mon embouteillage, la même radio me délivre comme chaque jour ou presque un sondage sur les intentions de vote des Français pour la prochaine élection présidentielle de 2012. Pour être bloqué dans son véhicule on n’en reste pas moins philosophe : Nautilus, “Bison futé”, sondages, ces trois choses me sont apparues comme liées sur l’essentiel, une même prétention à nier la créativité du temps. Si le 21 avril 2002 Lionel Jospin s’était retrouvé derrière Le Pen au premier tour de la présidentielle, c’est bien parce que, sondages aidant, les électeurs de gauche étaient si certains qu’ils n’en serait rien, qu’ils avaient choisi de lui faire savoir leur mécontentement en votant plus à gauche au premier tour. C’est ainsi qu’une certitude connue devient une erreur dès lors qu’on prétend qu’un certain futur est inscrit dans le présent. Un sondage ne pré-voit jamais l’avenir : il indique ce que cet avenir serait si rien ne changeait entre-temps. Mais, puisqu’il prétend pré-voir, il change le présent donc l’avenir.

Tout sondage d’intention de vote est donc un moyen de peser sur le cours des choses. Au lieu de faire circuler la parole comme lors des mouvements récents avec les réseaux sociaux, ce qui permet de créer un avenir à partir des aspirations communes, ces sondages donnent à chacun l’illusion qu’un certain avenir existant déjà, il ne reste plus à chacun qu’à s’y adapter pour le meilleur et surtout pour le pire. En 2011, cette fabrique d’illusions a été élevée à la hauteur d’une véritable stratégie. Il faudra y revenir.

NB : Sur la possibilité d’imposer par le haut une campagne qui sème le doute sur de véritables catastrophes humaines (amiante, tabac, réchauffement climatique) lire le livre de Stéphane Foucart Le populisme climatique. Claude Allègre et Cie, enquête sur les ennemis de la science, que viennent de publier les éditions Denoël. On y trouve même une description des moyens d’utiliser Internet, non pour développer une réflexion et un dialogue citoyens, mais pour en dévoyer au contraire le contenu.


Illustration: Marion Boucharlat

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http://owni.fr/2011/10/10/une-incertitude-primaire/feed/ 5
Comment le discours politique stigmatise l’immigration http://owni.fr/2011/03/23/discours-politique-stigmatisation-immigration/ http://owni.fr/2011/03/23/discours-politique-stigmatisation-immigration/#comments Wed, 23 Mar 2011 10:30:25 +0000 Denis Colombi (Une heure de peine) http://owni.fr/?p=52714 Le désormais fameux sondage Harris, à défaut d’avoir une quelconque pertinence, a au moins joué son rôle: celui de lancer la campagne électorale de 2012 (ou au moins de l’avoir officialisée, car elle a plus probablement démarré le 7 mai 2007) et d’en fixer la narration. La question du Front National est malheureusement destinée à faire de la question de l’immigration une des thématiques centrales du débat politique des prochains moins. Encore…

Mais les commentateurs commencent à traduire cela sous la forme d’une “inquiétude des Français” face à la mondialisation. On peut souligner que, par rapport à celle-ci, la classe politique française fonctionne généralement selon un deux poids, deux mesures : d’un côté, la “pédagogie”, de l’autre, la “réponse aux inquiétudes des Français”.

Deux discours pour deux types de mondialisation

D’un côté, il y a la mondialisation de l’économie, sa concurrence internationale et surtout celle des travailleurs entre eux, sa mobilité des capitaux, sa nécessité d’être “compétitif”. Son incitation devant laquelle on ne peut guère reculer, à “réformer” le système français, particulièrement en ce qui concerne la protection sociale, pour le mettre à l’heure du monde. Face à cette mondialisation-ci, la forme d’approche politique qui s’est imposée a été celle de la “pédagogie” : il faut expliquer aux Français que le monde a changé et que pour survivre dans ce nouveau contexte, ou tout au moins maintenir sa place et sa situation, il faut consentir à quelques sacrifices plus ou moins importants.

De l’autre, il y a une mondialisation complémentaire à la première, celle des hommes et des femmes, ceux qui quittent leurs pays pour aller travailler ailleurs. Non moins ancienne que la première (sans doute même plus), elle en partage certains traits, comme une invisibilisation partielle – on fait plus attention aux déplacements des pauvres qu’à ceux des riches comme on fait plus attention à certains mouvements de capitaux qu’à d’autres. Tout au moins ne les voie-t-on pas sur le même mode : il faudrait attirer les riches et empêcher les pauvres de rentrer. Comme la précédente, elle est vécue sur le mode de la menace pour notre pays. Mais la réaction politique a été tout autre : plutôt que de tenter d’expliquer aux Français ce qu’il en est, il faut “répondre à leurs inquiétudes” sans les remettre en question.

L’immigration n’est pas “toute la misère du monde”

Pourtant, on pourrait traiter politiquement la mondialisation des migrations humaines comme on traite la mondialisation économique (la distinction entre les deux étant d’ailleurs douteuse). On pourrait expliquer, par exemple, (et seulement par exemple) que la France est très loin d’être le pays qui reçoit le plus de migrants en Europe. Qu’accueillir l’immigration ne revient pas, selon une formule trop souvent entendue et mal comprise, à accueillir “toute la misère du monde” [PDF].

Que la misère, le chômage et leurs cortèges de difficultés qui frappent certains quartiers doivent moins à l’immigration qu’à la ségrégation urbaine, l’enfermement scolaire et social, et autres, bref à ce qui se passe ici et maintenant et qui frappe des personnes qui sont aussi française que moi plutôt qu’à une vague frappant depuis l’extérieur. Qu’il faudrait peut-être aussi réfléchir sur les conditions d’accueil et d’arrivée, et que même Hugues Lagrange est d’accord avec ça. En un mot, on pourrait faire preuve de “pédagogie” et expliquer aux Français quels sont les vrais enjeux.

On pourrait, mais on ne le fait pas. Au contraire, celui qui s’y risquerait prendra toujours le risque de se voir reprocher un “angélisme” de mauvais aloi, de refuser de répondre aux angoisses des Français, voire de mépriser ceux-ci par “parisianisme” ou je ne sais quoi. Autant de reproches que l’on ne fera pas à celui qui voudra défendre que ces mêmes Français doivent accepter le jeu de la mondialisation économique.

La solution est-elle toujours dans le problème posé ?

Ce point nous rappelle que les “problèmes politiques” ne s’imposent jamais tout seul, simplement parce qu’ils sont problématiques. Ils font toujours l’objet d’une lecture de la part de la classe politique. On me dira sans doute que, même si tous et toutes décidaient demain que l’on peut ignorer la mondialisation économique, celle-ci n’en cesserait pas moins d’exister et d’imposer certaines défis à la France, à sa situation économique et à sa politique du même tonneau. Et on aura raison de le dire. Mais de la même façon, continuer à lire les problèmes d’insécurité comme se ramenant à des problèmes d’immigration n’empêchera jamais que ceux-ci aient d’autres origines. On ne réglera pas les problèmes de ségrégation urbaine, par exemple, en retirant la nationalité aux Français par acquisition ayant commis certains crimes… Et pourtant, c’est ce que l’on continue à faire. En le faisant passer pour une attitude responsable qui plus est.

Brice Hortefeux

Deux topiques du débat politique donc : la “pédagogie” et la “réponse”. Mais pourquoi l’une parvient-elle à s’imposer dans certains domaines tandis que l’autre domine sur certaines questions ? Comment expliquer leur répartition dans le débat public ? Surtout que l’on pourrait s’attendre à ce que la “réponse aux inquiétudes des Français” ait une popularité plus grande auprès de ceux qui veulent séduire “l’opinion publique” (qui n’existe toujours pas, par ailleurs).

Sans doute faut-il revenir à la question de l’activité politique elle-même, et au fait qu’elle consiste le plus souvent à qualifier des évènements d’une certaine manière : les hommes politiques ne font jamais que désigner ce contre quoi on peut lutter et ce que l’on doit accepter. Mais pour que ces tentatives de qualification soient acceptés, il faut pouvoir en donner des “preuves” – même faussées. Difficile d’obtenir des résultats en matière économique : difficile, donc, de tenter la topique de la “réponse”. La “pédagogie” est donc une ressource. Il est plus facile, en revanche, d’exposer des résultats en matière d’immigration, qu’il s’agisse de lois ou d’arrestation. La “réponse” peut donc pleinement jouer. Derrière cette question, il y en a une autre, plus profonde : celle du pouvoir des États, de ce sur quoi ils peuvent encore jouer. Rien que ça.

> Billet publié initialement sur Une heure de peine sous le titre De la pédagogie en politique

> Illustrations Flickr CC Lcars, Cicilie et MEDEF

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#2 – Marine Le Pen et les 65 millions de Christophe Barbier http://owni.fr/2011/03/09/2-marine-le-pen-et-les-65-millions-de-christophe-barbier/ http://owni.fr/2011/03/09/2-marine-le-pen-et-les-65-millions-de-christophe-barbier/#comments Wed, 09 Mar 2011 07:30:30 +0000 Loic H. Rechi http://owni.fr/?p=50355

“Le devoir de tout gentilhomme est de combattre pour défendre la civilisation contre la barbarie”
Curzio Malaparte, Kaputt (1943)

Jeudi 3 mars 2011, le matin. Comme chaque jour depuis plusieurs semaines, une journaliste à la voix douce et rassurante revient sur le sort précaire d’une nation arabe qui se déchire. De Tripoli à Benghazi, la bataille charrie son lot quotidien de morts et met en balance le sort d’un tyran bouffi et halluciné par l’abus manifeste de substances psychoactives.

A 2500 kilomètres de là, un soleil à l’éclat rageur domine le ciel uniformément bleu au dessus du boulevard du Temple; le bitume, lui, reste définitivement glacé. J’avance en terre pacifiée, la tête légèrement embuée du mauvais saké chaud ingéré en grande quantité la veille, loin des textes et des images de guerre relayés par quelques intrépides reporters en terre libyenne.

A chaque nouveau pas, la fine semelle de mes chaussures en toile me trahit, transformant le trottoir en banquise urbaine. Mais le froid, aussi mordant soit-il, est insignifiant à côté du noeud qui s’insinue dans ma poitrine. Il cristallise l’appréhension qui m’habite à l’idée de passer une heure ou deux attablé avec un type tout juste débarqué du Front National, un mec qui a rarement brillé par ses saillies antisionnistes et son combat insensé en faveur de la suppression de la binationalité.

L’idée d’écrire un portrait, confortablement installé dans mon salon sans rencontrer le principal intéressé m’était évidemment insupportable. Mais la perspective de rencontrer ce même type rompu aux joutes verbales sans m’être préparé, tel un plagiste qui partirait sur le front afghan, l’était sans doute tout autant. Alors pendant une dizaine de jours, j’ai bouffé du Front National matin, midi et soir, comme un porc, avec les doigts. Je me suis entretenu avec un certain nombre de spécialistes de la question, journalistes et politologues principalement.

Comme tout journaliste de l’époque, j’ai plongé la tête la première dans les méandres du web, à la recherche de la moindre interview que mon client ait pu donner, des textes qu’il aurait pu écrire ou des analyses qui pussent avoir été faites. J’ai trainé mes doigts sur les pires sites imaginables et me suis brûlé la rétine à la lecture des plus infâmes opinions qui puissent être rédigées.

En cours de chemin, je me suis aussi amusé à découvrir que les sbires du Front National s’adonnent parfois à cette tendance consistant à supprimer l’histoire, numérique tout du moins. Plus une trace de mon gars sur le site de la fédération dont il a pourtant été le secrétaire départemental. Destin identique pour son blog personnel dont il avait eu le malheur de confier les clefs à un homme jugé de confiance. “Etes-vous sûr de vouloir supprimer tout le contenu de ce blog?” Plutôt deux fois plutôt qu’une mon pote. Toujours est-il que mon type est amer. Il avait pris le patriarche Le Pen pour père et s’est fait dégager par la fille, soucieuse de se séparer de tout élément et toute référence jugés inutiles, encombrantes ou pire encore gênantes. Exit les détails de l’histoire et les reliquats du passé.

Noyé dans mon épopée numérique frontiste, j’éprouve d’une manière nouvelle l’omniprésence de l’héritière blonde, dans les articles, les éditos, les analyses et les sacro-saintes émissions de télévision au cours desquelles elle tire toujours une jouissance non-dissimulée de l’art de maltraiter tout ce qui ressemble à un opposant qui pourrait se dresser son chemin.

Plus je regarde son sourire carnassier et ses yeux ardent de détermination et plus Marine Le Pen m’apparait comme une putain de machine de guerre, un panzer médiatique qui dézingue tout sur son passage, doublé d’une essoreuse “super-efficace, silencieuse et stable, idéale en complément de l’essorage machine ou après un lavage main” à l’intérieur de son parti politique.

Marine Le Pen porte tellement bien son prénom. Elle colle à la peau de l’observateur comme le sel de mer après une baignade prolongée dans les eaux froides et visqueuses du Front National. Et puis de manière anodine, au milieu de la torpeur d’un samedi après-midi ensoleillé, son ombre vient une nouvelle fois assombrir l’atmosphère, son nom déclenche la tempête. Un sondage la donne potentiellement en tête du premier tour d’une élection qui aura lieu dans plus d’un an.

L’idée même du sondage à un moment aussi lointain de l’échéance paraît grotesque, mais après tout, il s’agit bien de filer un os à ronger à des types payés pour être pendus au téléphone, à des statisticiens rémunérés pour faire des moyennes et à des analystes toujours prompts à expliquer le moindre soubresaut dans la vie de la cité par les actes de l’un et les paroles de l’autre.

Mais il est des chiffres qui ne trompent pas. J’ai consulté l’oracle Google et son onglet “actualités”, pistant sur une période d’un mois, les occurrences des médias référencés sur les noms d’un certain nombre de candidats déclarés ou potentiels à l’accession au trône suprême. Exception faite de Nicolas Sarkozy qui truste le haut du pavé – notamment en raison de sa fonction de régent qui le rend incontournable dans tout article s’étalant sur les velléités et intentions prêtées à ses successeurs éventuels – le résultat traduit assez bien les intentions de votes populistes qui font frémir les républicains les plus vaillants.

Loin de moi l’idée de tirer des conclusions hâtives sur le rôle des médias dans l’ascension de la princesse de l’extrême-droite française. Loin de moi également la prétention de critiquer le penchant morbide de la presse française pour l’héritière du parti à la flamme bleu-blanc-rouge. Mais la tentation est forte, tant jouer les analystes politiques est un sport national dans ce pays. Soixante-cinq millions de Christophe Barbier avec chacun son explication personnelle.

La savante entreprise de dédiabolisation orchestrée par Marine Le Pen et ses conseillers semble en tout cas porter ses fruits. Si le nombre d’occurrences sur son seul nom monte très haut, avec ce fameux nombre de 4600, il n’atteint qu’un famélique 535 quand on y associe un terme autrement moins glamour, celui d’”extrême droite”. Au vu de ces proportions – sans doute à prendre avec des pincettes – à peine douze pour cent des papiers mentionnant Marine prendraient donc la peine de rappeler de quel bord elle est le rejeton. Peut-être un embryon d’explication d’une popularité aussi croissante que clinquante.

Toujours est-il que demain matin, comme jeudi dernier, que le ciel soit bleu ou pas, j’avancerai paisiblement sur la terre froide et pacifiée du boulevard du Temple. Dans les kiosques de la place de la République, l’avocate Marion Anne Perrine Le Pen sera peut-être en Une du Parisien, de l’Express ou du Nouvel Observateur, qui reviendront sur le deuxième ou le troisième sondage consécutifs la donnant en tête du premier tour de l’élection présidentielle, si tant est qu’elle avait lieu demain.

Et qui sait, peut-être que le mois de mai 2012 plongera le même boulevard et la même place, dans une moiteur autrement plus accablante, une touffeur autrement moins pacifique. Mes chaussures en toile à la fine semelle de caoutchouc seront alors assurément idéales à cette période de l’année pour appliquer les principes chers à Malaparte.


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Illustrations CC FlickR et Wikimedia: staffpresi_esj, Marie-Lan Nguyen, Bobby Lightspeed

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[infographie] DSK en tête? Faux! http://owni.fr/2010/08/31/infographie-ps-putain-deux-ans/ http://owni.fr/2010/08/31/infographie-ps-putain-deux-ans/#comments Tue, 31 Aug 2010 18:11:06 +0000 Nicolas Kayser-Bril http://owni.fr/?p=26604 « L’ombre de DSK plane sur le PS », titrait Le Point au lendemain de l’université d’été du PS. A La Rochelle, on n’a pas de pétrole, mais on a des présidentiables ! L’année dernière, on y parlait de la rivalité Aubry-Royal. En 2008, un article du même magazine couvrant l’évènement arrivait à placer pas moins de 12 personnalités PS dans son article de synthèse.

Cette infographie rappelle qu’à la question: “Pour chacune des personnalités suivantes, souhaitez-vous qu’elle ait davantage d’influence dans la vie politique française?”, ceux qui ont représenté le PS à l’élection suprême n’étaient pas forcément les plus plébiscités par les sondés à deux ans du scrutin. C’est le cas pour Ségolène Royal, qui était en 2005 en troisième place, celle qu’occupe Dominique Strauss-Kahn aujourd’hui.

Au-delà de cette focalisation sur les individus, on pourrait tenter de remonter le temps jusqu’à retrouver une université d’été où l’intérêt des médias s’est porté sur le programme du parti, mais les archives de la presse en ligne ne vont pas jusque là.

Le plus surprenant reste la capacité du parti et des journalistes qui le suivent à se focaliser sur une course dont l’issue se règlera dans deux ans. Autant demander à Eugène Saccomano de commenter un marathon:

Alors qu’Aubry et Royal sont au coude-à-coude dans la surface, Delanoë reste en retrait dans le rond central et l’on voit Valls et Hollande remonter sur l’aile ! Aubry semble reprendre le dessus en se dégageant habilement de Royal mais rate son contrôle !!! Oooooh, Martiiiiine, qu’est ce que tu nous fais là ! Sur le banc, DSK commence à s’échauffer et le public crie son nom !

Mais voilà, un match de foot dure 90 minutes. Au PS, la course dure depuis le 21 avril 2002 et une phrase : « je me retire de la vie politique ». Huit ans sans qu’un leader n’arrive à insuffler des idées et une vision à des militants qui ne demandent que ça. Huit ans que politiques, analystes et journalistes se perdent en conjectures pour savoir qui sera le prochain à tenter de ne pas perdre une élection nationale contre la droite.

Cet exercice est d’autant plus lassant qu’il est vain. A plus de 2 ans des élections, les personnalités qui joueront un rôle lors de la présidentielle nous sont encore inconnues. Comme le montre l’analyse que nous avons réalisée sur les élections de 2002 et de 2007 d’après les « cotes d’avenir » établies chaque mois par TNS/Sofres, les personnalités vedettes du PS 20 mois avant l’échéance ont été reléguées au second plan le jour J.

Les premiers seront les derniers

Elisabeth Guigou, dauphine de Jospin en 2000, n’a pas été celle qui a repris le parti en main après l’humiliation de 2002. Bernard Kouchner, malgré une popularité au sommet en 2005 et quasiment égale à celle de Sarkozy (54% en aout 2005), n’a pas pesé sur l’élection de 2007. Delanoë, qu’une grosse minorité des Français souhaiterait voir « jouer un rôle plus important » sur la scène nationale depuis 10 ans, d’après la formulation de la Sofres, ne récolte pas non plus les fruits de son succès. Il y a fort à parier qu’Aubry sera, elle aussi, dépassée en 2012 par celui ou celle qui est aujourd’hui considérée comme une personnalité de second rang.

L’engouement pour ceux qui s’engagent trop tôt n’est pas une spécificité du PS. Aux États-Unis, celui ou celle qui part favori pour les primaires ne devient que rarement le candidat officiel des démocrates ou des républicains. Howard Dean en reste le meilleur exemple : Annoncé vainqueur des primaires en 2003, il a été dépassé par John Kerry lorsque les choses sérieuses ont commencé. Curieuse coïncidence, sa campagne a débuté en mars 2003, soit exactement… 20 mois avant l’échéance fatidique. Dean n’est pas le seul à avoir fait les frais d’une campagne trop vite consumée. En 1980, Ted Kennedy s’est également pris une belle déculottée face à un Jimmy Carter en état de mort politique quelques mois auparavant.

Machine à perdre

Les problèmes du PS ne se limitent pas à une série de faux départs. Le parti s’est également fait une spécialité de réparer une machine atone avec des pièces usagées. Comme si Domenech avait rappelé Trésor et Giresse, les perdants de France-RFA en 1982, dans son équipe en Afrique du Sud. Laurent Fabius et DSK étaient, eux aussi, déjà actifs au niveau national au début des années 1980.

Le riant visage du PS à Caen.

L’incapacité à faire émerger des nouvelles têtes et à tirer les leçons des échecs tient peut-être au manque de rigueur et de volonté au sein du parti. En 2005, les grands noms du PS ont montré ce qu’ils pensaient des votes internes au parti. En ne suivant pas le choix des militants pour le ‘oui’ au référendum sur la constitution européenne, les Fabius, Emmanuelli ou Mélenchon exposaient au grand jour le manque de leadership de l’opposition. Dans ces conditions, quelle crédibilité apporter aux primaires du PS ?

De la même manière, Laurent Fabius, pourtant 3e des primaires de 2006 avec près de 20% des voix des militants, n’avait à l’époque qu’une cote d’avenir de 22 points. DSK, sorti des primaires sur le même score, avait une cote deux fois supérieure. Les militants PS votent-ils pour celui qui les fera gagner ou en fonction d’impératifs claniques ?

Espérons que l’on cesse de se focaliser pour savoir qui sera calife à la place du calife et que l’on se concentre vraiment sur les idées. Sans forcément souhaiter une victoire du PS, les démocrates doivent se mobiliser pour que les français disposent d’une opposition crédible. L’été 2010 a montré ce dont quoi un gouvernement laissé à lui-même était capable.

Que le PS se rassure néanmoins. Les cotes d’avenir des leaders de droite sont encore plus ternes que celles de Mitterrand en décembre 1991, à son plus bas historique. Les membres du gouvernement plébiscités par plus d’un tiers des sondés restent Rama Yade et Bernard Kouchner. On voit mal l’UMP les adouber en 2012 pour succéder à Sarko 1er.

Photo: CC thestrengthofcow, Gueorgui Tcherednitchenko

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http://owni.fr/2010/08/31/infographie-ps-putain-deux-ans/feed/ 3
Sécurité: un sondage 100% nul http://owni.fr/2010/08/15/securite-un-sondage-100-nul/ http://owni.fr/2010/08/15/securite-un-sondage-100-nul/#comments Sun, 15 Aug 2010 11:11:25 +0000 André Gunthert http://owni.fr/?p=24831 Belle démonstration. Une semaine à peine après le discours de Grenoble, Le Figaro publie un sondage réalisé par l’IFOP, repris par l’AFP et Reuters, qui semble démontrer l’appui massif de la population aux annonces xénophobes de Sarkozy, sous le titre “Sécurité: Les Français plébiscitent les projets du gouvernement”. Selon l’UMP, «Ce sondage prouve, s’il en est encore besoin, que le Président de la République est à l’écoute des Français».

Devant ces scores soviétiques, qui paraissent a priori étranges, plusieurs organes chaussent leurs lunettes pour chercher l’erreur. Premiers à dégainer, Vincent Truffy, sur Mediapart, puis Martin Clavey, Nicolas Kayser-Bril et Martin Untersinger, sur Owni, critiquent la rédaction des questions et la méthodologie du sondage (réalisé par questionnaire auto-administré en ligne). Nombreux sont ceux qui leur emboîtent le pas.

Mal leur en prend. Mes camarades d’Owni se font immédiatement taper sur les doigts par Yves-Marie Cann, directeur d’études au département Opinions et Stratégies d’entreprise de l’Ifop, qui leur reproche de «s’en prendre au thermomètre», ou Guillaume Main, ancien salarié d’institut de sondage, qui les met dans le même sac que Bourdieu et autres contempteurs de la mesure d’opinion: de quoi je me mêle, ils n’y connaissent rien, les questions sont les questions, il n’y a pas de biais, le client est roi.

Pan sur le bec, comme on dit au Canard! Il n’aura pas fallu attendre plus d’une semaine pour qu’une nouvelle enquête, cette fois réalisée par CSA pour le compte de Marianne, donne raison à ceux qui doutaient de la crédibilité de l’approbation figaresque. Non seulement 69 % des sondés jugent “inefficace” l’action de Sarkozy sur les questions de sécurité, mais le lien entre insécurité et immigration apparaît minoritaire dans l’opinion.

La comparaison terme à terme de la question portant sur la fameuse déchéance de nationalité pour les immigrés tueurs de flics selon l’IFOP ou l’institut CSA est édifiante.

Version IFOP: «Question. Vous savez que le gouvernement a annoncé différentes mesures pour lutter contre l’insécurité. Pour chacune de ces mesures, vous me direz si vous y êtes très favorable, plutôt favorable, plutôt opposé ou très opposé? (…) 5. Le retrait de la nationalité française pour les délinquants d’origine étrangère en cas d’atteinte à la vie d’un policier ou d’un gendarme: 70% favorables/30% opposés.»

Version CSA: «Question. A propos de la proposition de loi qui consisterait à retirer la nationalité française à une personne d’origine étrangère ayant volontairement porté atteinte à la vie d’un policier, d’un gendarme ou toute autre personne dépositaire de l’autorité publique ou ayant commis d’autres crimes graves, de laquelle des propositions suivantes vous sentez-vous le plus proche?»

«1) Vous êtes plutôt favorable à cette proposition car l’acquisition de la nationalité doit être remise en cause en cas d’acte grave: 46%. 2) Vous êtes plutôt défavorable à cette proposition car tous les Français doivent être égaux devant la loi quelle que soit leur origine: 51% (NSP: 3%).»

46% contre 70% pour une question similaire – il y a de quoi désespérer des sondages d’opinion. Comment expliquer un tel écart? Mettons de côté les erreurs de calculette ou de pondération de l’échantillon, pour partir du principe que les sondeurs ont appliqué avec rigueur les règles élémentaires. On écartera de même les options de méthodologie. Même si le CSA a pris soin de recourir au bon vieux sondage par téléphone et de mentionner les “NSP” (ne se prononcent pas), il semble peu probable qu’une différence aussi importante puisse provenir de facteurs qui ne devraient jouer qu’à la marge.

Reste la formulation des questions. Car contrairement à ce qu’affirment benoîtement Yves-Marie Cann ou Guillaume Main, une question dans un sondage n’est pas un simple énoncé interrogatif neutre devant lequel chacun est libre de se prononcer à sa guise. Plusieurs observateurs ont fait remarquer que dans le cas de l’IFOP, «les réponses étaient dans la question», sur le modèle: «Vaut-il mieux être riche et bien portant que pauvre et malade?». Cette perception est le résultat d’un ensemble de détails que la comparaison permet d’isoler.

Première différence: l’IFOP choisit de présenter comme un “paquet” l’ensemble des propositions répressives, en les ordonnant des plus “consensuelles” («Le contrôle par bracelet électronique des délinquants multirécidivistes pendant plusieurs années après la fin de leurs peines»), pour finir par les plus problématiques («La condamnation à deux ans de prison pour les parents de mineurs délinquants en cas de non respect par ces derniers des injonctions de la justice»; la question sur la déchéance de la nationalité intervient en cinquième position). Un ordre qui a visiblement son importance, puisqu’on constate que le taux de réponses favorables diminue au fur et à mesure (89%, 80%, 80%, 79%, 70%, 67%, 55%).

A l’inverse, le sondage CSA isole la question sur la déchéance de la nationalité. Du coup, pas d’effet “paquet” qui conduit à banaliser les énoncés les plus durs et qui, commençant par les plus acceptables, pousse mécaniquement à approuver les suivants.

La présentation des annonces est très différente. Pour l’IFOP, «le gouvernement a annoncé différentes mesures pour lutter contre l’insécurité». Pas d’hésitation: ces mesures qui émanent du sommet de l’Etat seront forcément mises en place. Leur objectif n’est pas une basse manœuvre politicienne, mais la juste cause de la lutte contre l’insécurité. Cela fait deux critères qui limitent d’emblée la marge d’appréciation, avant même que la question soit posée. Côté CSA, en revanche, on évoque au conditionnel «la proposition de loi qui consisterait…». Pas de label gouvernemental pour légitimer l’annonce, et une simple “proposition”, dont le contenu lui-même est hypothétique. On sent bien qu’ici, l’avis du sondé a plus de valeur, qu’il peut peser dans la balance d’un débat qui n’est pas fermé.

Enfin, alors que l’IFOP ne présente qu’un énoncé sans alternative, à prendre ou à laisser, CSA fournit un choix de réponses commentées, qui apportent des informations précieuses sur l’évaluation de la proposition. Le second commentaire («car tous les Français doivent être égaux devant la loi quelle que soit leur origine») est évidemment une précision qui pèse d’un poids décisif dans la balance, car elle rappelle la règle constitutionnelle fondatrice du contrat républicain, à laquelle une part majeure de la population doit théoriquement être sensible. Dans ces conditions, c’est logiquement la deuxième proposition qui l’emporte.

De 70 à 46%: pour une même question, ces petites différences de formulation sont les facteurs qui conduisent “l’opinion” à prendre deux visages très différents – radicalement xénophobe dans le premier cas, éclairée par la raison dans le second. Comme l’explique Eric Fassin: «Définir les questions, ce n’est pas un simple préalable méthodologique; c’est aussi un enjeu politique. Car les problèmes ne se posent jamais tout seuls; ce sont toujours des acteurs politiques qui les posent, et qui tentent d’en imposer les termes.»

Le deuxième sondage n’est pas moins partial que le premier. Alors que l’IFOP – respectant la demande de son client – épouse sans discussion la vision gouvernementale, qu’il présente comme un choix fermé, l’institut CSA pose un ensemble de questions contextuelles qui amènent le sondé à réfléchir aux fondements de la politique sécuritaire, ce qui modifie son approche des questions. Il y a donc bien deux choix d’influence opposés dans chacune des deux enquêtes. Toute la question est de savoir laquelle est la plus représentative de l’état de l’opinion.

On ne peut répondre à cette interrogation qu’à partir des autres éléments d’information à notre disposition. La France est-elle majoritairement xénophobe et sécuritaire? Si tel était le cas, ce n’aurait pas été Jacques Chirac, mais Jean-Marie le Pen qui aurait été élu en 2002, et le débat sur l’identité nationale aurait dû nécessairement conduire l’UMP à remporter les élections régionales. L’approbation plébiscitaire du sondage du Figaro ne cadre pas avec les autres données connues, comme le caractère désormais secondaire de la question sécuritaire ou encore cet autre sondage réalisé par le CSA pour L’Humanité, qui donne 57% (au lieu de 70%) pour le retrait de la nationalité pour meurtre de policier et 62% (contre 79 %) pour le démantèlement des camps illégaux de Roms.

Des observateurs éclairés ont conclu au caractère délibérément clivant des annonces présidentielles. Selon Marion Desreumaux, de l’institut CSA, «les annonces de Nicolas Sarkozy sur les Roms, les gens du voyage et la déchéance de nationalité ont atteint leur but et marchent auprès de ceux à qui elles étaient destinées». On notera que même la formulation réflexive de Marianne n’empêche pas près de la moitié des sondés d’enfreindre l’égalité postulée par la loi républicaine. Comme l’a observé le CERD, le sentiment xénophobe progresse, attisé par les manipulations gouvernementales. Mais à la question: «Les Français d’origine étrangère sont-ils des Français à part entière?», le CSA enregistre une proportion de 75% de réponses favorables (70% à droite).

En interrogeant ses sondés comme des poissons rouges enfermés dans un bocal, l’IFOP a biaisé les résultats de sa propre enquête. A en juger par les réactions de l’institut, c’est en toute bonne foi. On en a désormais la démonstration: faute d’avoir su construire avec intelligence un appareil de questions adapté, sur un sujet délicat, il n’a pas réussi à produire une image correcte du jugement de l’opinion. Le sondage publié par le Figaro n’est donc vraisemblablement ni truqué, ni bidonné. Simplement, comme une photo ratée, il est bon à jeter.

Références (ordre chronologique)

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Billet originellement publié sur Totem, un blog de Culture Visuelle.

Illustration CC FLickR par dullhunk

[Disclaimer] Culture visuelle est un site développé par 22mars, société éditrice d’OWNI.

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http://owni.fr/2010/08/15/securite-un-sondage-100-nul/feed/ 9
Sondage IFOP/LeFigaro : un point de vue critique sur l’analyse d’OWNI http://owni.fr/2010/08/09/statosphere-point-de-vue-critique-sur-lanalyse-downi/ http://owni.fr/2010/08/09/statosphere-point-de-vue-critique-sur-lanalyse-downi/#comments Mon, 09 Aug 2010 11:51:39 +0000 Guillaume Main http://owni.fr/?p=24242 Autant lorsque Jean-François Kahn ou Ségolène Royal décide de “se faire” un institut de sondage, l’effet de surprise est quasi nul : après tout, la discréditation des sondages est un fond de commerce et une pratique outrageusement éprouvée. Il faut bien vendre des bouquins, et en faire la promotion chez Ruquier. En revanche, si Owni se prête à son tour à ce jeu simplet, alors j’avoue que la donne n’est plus la même : on ne peut pas se targuer de décrypter l’information tout en s’attaquant à des méthodologies complexes, ne laissant (quoi qu’on en dise et contrairement à la croyance devenue populaire) strictement rien au hasard. Bon nombre de trolleurs qui ont pour passe-temps de s’attaquer aux instituts de sondage s’emploient à les démonter systématiquement, en tirant à boulet rouge sur tout ce qui leur semble, de près ou de loin, “anormal”.

Owni n’est pas de cette trempe et m’a toujours habitué à des articles brillants, éclairés et à la valeur ajoutée indiscutable. Le décryptage est une matière compliquée, nécessitant un recul de tous les instants et une excellente maîtrise des sujets traités. Si Owni est incontestablement la référence du journalisme de données au sein de la blogosphère française, force est d’avouer que le magazine s’est copieusement planté dans son article “Annonces sécuritaires : IFOP a déconné“, lançant une véritable fronde contre IFOP en particulier et les méthodologies sondagières en général. Ainsi l’article se révèle être une réplique mi-fadasse mi-éclairée de ce qu’on peut déjà trouver sur les très médiocres Opiniongate’s Blog et Observatoire des sondages, ou encore dans L’ivresse des Sondages d’Alain Garrigou.

La soucoupe accueille ses détracteurs avec joie

Or, tous ces gens ont au moins un point commun : ils n’ont vraisemblablement effleuré qu’une poignée des enjeux conditionnant le fonctionnement d’un panel d’institut de sondage. Non pas, bien sûr, qu’il soit fondamental de travailler en institut pour être capable d’en parler, mais que certains aspects du propos tiennent trop peu la route pour assurer la crédibilité du reste. Ayant été chargé de traitement statistique pendant huit ans, au sein de deux instituts de sondage, j’ai eu largement l’occasion de travailler sur des panels auto-administrés (essentiellement postaux et internet, mais aussi téléphoniques) où les sélections d’échantillon sur quotas et les redressements en tout genre étaient mon quotidien. J’ai également été programmeur de questionnaires Internet pour un de ces instituts. Par ailleurs, je m’exprime librement à ce sujet, étant actuellement à la recherche d’un emploi dans un autre secteur des statistiques.

La vérité sur les biais des différents modes de recueil

Il existe essentiellement quatre modes de recueil des données : le face à face, le postal, le téléphonique et Internet. Aucun de ces modes ne peut se targuer d’être exempt d’aucun biais : ils présentent tous des avantages et des inconvénients de taille.

  • Le face à face est un mode de recueil très lent, complexe et de nature à déranger le sondé : capté dans la rue ou directement à son domicile, le contexte est rarement propice. Il est donc exclu d’aborder des sujets touchant à son intimité ou à ses convictions politiques. Le taux de remplissage est souvent mauvais, le sondé perdant vite patience.
  • Le courrier est un mode de recueil lent lui aussi, adapté à des questionnaires plus longs ou aux questions ouvertes, auquel les personnes âgés répondent bien mieux que les jeunes générations. Par ailleurs, en cas de mauvais taux de retour, il est souvent trop tard et trop cher pour relancer une vague d’envois visant à combler un éventuel manque sur un quota.
  • Le téléphone est un mode de recueil rapide et offrant une sensation d’anonymat assez sécurisante au sondé : sur des questions sensibles, nécessitant un aveu, il répondra plus spontanément que par courrier et se livrera plus facilement qu’en face à face. Les chômeurs et les personnes âgées sont généralement sur-représentés.
  • Enfin, Internet est un mode de recueil assez pratique car très maléable : à l’instar du téléphone, il est possible de suivre en temps réel l’état d’avancement des quotas de l’étude. Les sous-représentations sont donc instantanément détectées. Si les plus âgés sont beaucoup plus difficiles à sonder, cela reste néanmoins de moins en moins vrai.

Internet, un mode de recueil aussi bon que les autres

Au final, les pondérations sont bien moins conséquentes par Internet que par courrier. C’est aussi pour cette raison que de plus en plus souvent, les instituts de sondage proposent de mener des terrains sur des modes de recueil mixtes, Internet et téléphone, avec des résultats excellents. Mais dans tous les cas, les redressements ne sont pas colossaux et n’induisent pas de problème de représentativité irrémédiable, car les panels d’institut sont régulièrement renouvelés et se voient réinjectés prioritairement des populations déficitaires (il existe des services spécialisés, “fournisseur” de panélistes d’un certain âge ou correspondant à une certaine catégorie socio-professionnelle).

De fait, compte tenu des enjeux, les clients des instituts de sondage souhaitent de plus en plus souvent connaître l’opinion et les habitudes des internautes. Internet, en tant que mode de recueil, devient alors une bénédiction puisqu’on ne cherche plus à être représentatif de la population d’un pays, mais des internautes d’un pays, ce qui n’a plus rien à voir. Ainsi, l’échantillon pourrait pratiquement être construit naturellement puisque sélectionner 1000 internautes en respectant des quotas reviendrait théoriquement à les sélectionner aléatoirement. Mais même dans ces cas là, la sélection aléatoire est proscrite et on applique des quotas afin de maximaliser la précision des résultats.

Une autre problématique d’Internet est qu’il est assez difficile de connaître le véritable profil des internautes d’un pays, puisqu’il n’existe pas à proprement parlé de recensement d’internautes (contrairement au recensement classique de la population réalisée par l’INSEE, lequel, malgré les nouvelles méthodes d’extrapolation, n’a pas d’équivalent en terme d’exhaustivité). Chaque institut de sondage dispose de son propre panel prétendument représentatif et dépassant allègrement la dizaine de milliers d’individus. Or, si on compare les différentes structures de panel d’internautes, d’un institut à l’autre, on constate qu’elles sont très proches. Il n’est donc pas rare que les instituts comparent leur structure : ils savent que cela leur permet d’affiner leur représentativité. On les compare également aux panels “Site-Centric”, comme celui de StatCounter Global Stats : sans être parfait, ce type de panel contribue à améliorer la qualité d’un panel d’internautes.

Pour aller plus loin :

Les 10 mauvaises interprétations dans l’article d’OWNI

1 – « La méthodologie du sondage nous a surpris. En effet, on n’y retrouve pas les habituels “ne se prononce pas”. »

Les cases NSPP dépendent directement de la demande du client : il n’y a aucune règle absolue là dessus, à moins qu’il s’agisse d’un baromètre, auquel cas on prend soin de ne pas changer la méthode en cours de route. Les NSPP sont simplement introduites ou non aux tris élaborés selon les désidératas du client. Par ailleurs, enfonçons des portes ouvertes : sur Internet, ce sont ceux qui veulent donner leur avis qui le donnent. Ceux qui ne se prononcent pas n’ont tout simplement pas cliqué sur le lien de l’enquête.

2 – « La méthode, tout d’abord. Tous les français ne sont pas connectés à internet. »

Internet ne biaise pas plus les résultats qu’un autre support. Mieux, il reste le meilleur recueil en période estivale puisqu’il fonctionne sur un support nomade. Le téléphone portable, lui aussi parfaitement nomade, induit les mêmes biais qu’Internet (jeunes générations sur-représentés, vieilles générations sous-représentées, localisation géographique compliquée), on en retirerait donc qu’un inconvénient de taille : le coût des communications téléphoniques.

3 – « L’Ifop nous assure que les résultats sont redressés pour les 25% de non-internautes (31% selon l’ITU). »

De fait, aujourd’hui, sauf cas très particulier (tests de produits, études qualitatives), toutes les études quantitatives reposent nécessairement sur des échantillons finaux construits selon la méthode des quotas ! Mettre le doigt sur un écart de 6% entre les chiffres de l’ITU et ceux de l’IFOP ne reviendrait guère qu’à contester un petit dixième de pourcent sur le résultat d’un tri marginal, d’autant que les chiffres de l’ITU ne reposent, eux non plus, sur rien d’exhaustif, ni de parfait.

4 – « Comment contacter les estivants ? L’Ifop assure que 60% des Français ne partent pas (30% selon le Credoc, mais passons) et que ceux qui partent restent connectés. »

Pour le coup, l’argument a de quoi surprendre. Owni frise carrément la mauvaise foi ! De quoi parle-t-on ? Du nombre total de français partant en vacances durant toute l’année (chiffre du CREDOC avancé par Owni), ou du nombre de français en vacances au moment de l’enquête IFOP ? Bien entendu, on est plus prés des 60% selon l’enquête sur les conditions de vie de l’INSEE.

5 – « Est-ce qu’ils possèdent des statistiques sur le nombre de personnes ayant répondu de leur iPhone, ou ceux dont l’adresse IP montre une localisation différente de leur ville de résidence ? »

N’a-t-on pas suffisament marteler en France que l’adresse IP n’est pas une donnée fiable ? Dans le cas présent, d’autant plus sur le réseau 3G des téléphones portables, plusieurs millions d’internautes (au moins tous les clients Orange, et en grande partie des possesseurs d’iPhone justement) se connectent via une IP dynamique. Croyez-vous qu’il soit possible rapidement et sans autorisation spécifique d’analyser des adresses IP quand on est un institut de sondage ? Pour quelle fiabilité et quel résultat ?

6 – « Mais la chance et les statistiques se marient mal ensemble »

En effet ! Il n’a d’ailleurs jamais été question de cèder la moindre parcelle à « la chance » dans le champs du traitement de données statistiques. Je vous rassure, donc : la chance n’est pas une matière dispensée dans les IUT et IUP de statistiques ou même à l’ENSAE. Plus sérieusement, l’aléatoire n’est que très exceptionnellement utilisé comme modèle pour constituer des échantillons.

7 – « Il aurait pu être intéressant de demander aux sondés si ils étaient favorable à… »

Certes, la remarque est pertinente mais le sondeur n’est pas le client ! En l’occurence, le commanditaire étant Le Figaro, on peut imaginer aisément ce que cela implique sur l’orientation politique des questions.

8 – « …revient à dire… »

Une question est une question ! On touche du doigt le problème de l’interprétation quand on en vient à dire qu’une question X « revient à » se poser une autre question Y. Restons pragmatique ! Si une question est mal posée ou ambigüe, c’est effectivement un problème auquel il aurait fallu s’attaquer en amont. On n’y peut plus rien une fois le terrain finalisé. Au passage, pourquoi OWNI ou Marianne ne commanderaient-ils pas un sondage en bonne et due forme, en posant les questions qu’ils estiment légitimes et adaptées ? Comme le font d’ailleurs régulièrement le Parti Socialiste, la Mairie de Paris ou Le Monde en s’adressant à… Opinion Way (!).

9 – « Cette erreur d’interprétation était d’autant plus à éviter en 2002 que le nombre de sondés qui se déclaraient indécis était toujours très important. »

Alors on le savait ? Si l’information de cette indécision était connue, alors c’est qu’elle était fournie par les instituts de sondage. Pourquoi donc les journalistes ne se la sont pas appropriée ? Et pourquoi reporter la faute sur les instituts de sondage si les journalistes ont joué l’intox !? Pour information, le problème s’était déjà posé lors des présidentielles de 1974. Si les journalistes s’étaient souvenus que ces sondages ont pour vocation d’être des révélateurs de tendance, alors probablement auraient-ils “démasqué” la nette croissance du vote Front National au cours des dernières semaines précédant le premier tour des présidentielles de 2002.

10 – « Mieux, elle avait même rédigé les questions que l’institut a posé aux sondés, qui devaient peu ou prou répondre à cette question… »

Oui, c’est tout ce qu’il y a de plus classique, et je me répète : les clients posent les questions, ils sont les commanditaires et apportent évidemment toute la matière première du sondage. De plus, compte tenu de la nature de certains sondages (ceux de type Omnibus), il est probable que l’institut n’ait de toute façon pas le temps matériel pour réviser l’intégralité du questionnaire. Puis, généralement, on le prie de ne pas le faire, tout simplement.

Le sempiternel amalgame entre les métiers, les types de données…

Les critiques de sondage tombent systématiquement dans les mêmes travers : on amalgame les méthodologies, les questions, les chiffres (données à priori objectives, fournies en tant que telles), avec les analyses de tout poil qui en sont faites (analyses forcément subjectives). On confond le pragmatisme des questions et des résultats chiffrés, avec l’interprétation sujette à caution qui en est faite en aval : on mélange les métiers (institut de sondage, analyste, journaliste, client, prestataire, commanditaire…), les données à analyser (tantôt on prendra un chiffre dans un tableau, tantôt une interprétation bancale qu’on prendra soin de mettre sur le même plan). Puis, on se contente de pointer l’institut du doigt, responsable sans distinction de tous les maux.

Car, comme d’habitude dans ce type d’incrimination, on voit la paille dans l’oeil du sondeur sans que le journaliste voit la poutre qu’il a dans le sien : un des plus forts biais des sondages est relatif aux erreurs d’interprétation, mais aussi aux partis pris des journalistes politiques, métier sur lequel il y aurait également beaucoup à dire en matière de conflit d’intérêt. La preuve : quand les résultats d’une enquête n’arrangent pas ses commanditaires, ça donne ce fameux sondage IPSOS sur les pratiques de piratage, très très peu relayé.

Pourquoi incriminer l’institut de sondage lorsqu’on évoque le manque de neutralité des questions posées ? C’est comme si vous trouviez logique qu’un publicitaire refuse un slogan qui sonne bien sous prétexte qu’il est ambigu ou mensonger. Les sondages n’ont jamais eu pour vocation d’être non partisan, et s’intègrent désormais naturellement dans les campagnes de communication. Le sondeur n’a pas à juger le bien fondé d’une question. On peut éventuellement le déplorer, mais il me semble malhonnête d’en tenir rigueur à l’institut de sondage qui vend une prestation de conseil et met ses panélistes à la disposition du client. Le commanditaire et l’analyste sont libres d’estimer si les données sont à la hauteur de ce qu’ils essayent de prouver. Les aberrations qui en résultent ne sont pas le fait des instituts.

Conclusion

L’absence de fiabilité du mode de recueil par Internet est un mythe : le même mythe qui fit passer le mode de recueil téléphonique pour une aberration méthodologique il y a une quarantaine d’années. Naturellement, le problème essentiel qui se pose aujourd’hui pour le sondeur est celui de la véracité des opinions et comportements déclarés par le sondé. Le panéliste nous dit-il la vérité ? Si le problème se pose de plus en plus dans le cadre des sondages d’opinion politique, je doute qu’il en soit de même avec les autres types d’étude. D’autant que les sondages d’opinion, s’ils constituent la vitrine d’un institut, ne représentent guère qu’une petite dizaine de pourcent de son chiffre d’affaire global.

L’institut de sondage joue certes son rôle de conseil, mais il est avant tout là pour se porter garant de la fiabilité des résultats, quand bien même les questions seraient non pertinentes ou mal posées. L’institut n’est pas tout puissant : il est souvent pieds et points liés aux désidératas du client, dans un contexte concurrentiel très fort. La super caste des professeurs en science politique, sorte de lobby anti-sondage, use de leur verve outrancière et mène la fronde, refusant catégoriquement d’entrer dans la sphère des considérations techniques. Et se défendre attise systématiquement la suspicion… De trop rares spécialistes (comme le très fiable Dr Panel sur Rue89) aiment encore soulever le capot et comprendre comment ça marche.

Article initialement publié sur Statosphère

Illustrations par Laurent Taudin et CC FlickR Paulgi

A lire ailleurs:

L’analyse (détaillée)de Rue89 : Sondage Ifop/Le Figaro sur la sécurité : la méthode en question

La critique d’Anthony Hamelle : De l’art de la critique et de l’intérêt des sondages

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http://owni.fr/2010/08/09/statosphere-point-de-vue-critique-sur-lanalyse-downi/feed/ 39
Yves-Marie Cann, Ifop: “Pourquoi s’en prendre au thermomètre ?” http://owni.fr/2010/08/09/yves-marie-cann-ifop-pourquoi-sen-prendre-systematiquement-au-thermometre/ http://owni.fr/2010/08/09/yves-marie-cann-ifop-pourquoi-sen-prendre-systematiquement-au-thermometre/#comments Mon, 09 Aug 2010 10:54:08 +0000 Admin http://owni.fr/?p=24184 Étonnée par les conclusions tirées du sondage Ifop/Le Figaro au sujet des nouvelles annonces sécuritaires de Nicolas Sarkoy, la rédaction d’OWNI a publié un article s’interrogeant sur les méthodes sondagières en général et les méthodes employées par l’IFOP dans ce cas particulier. Yves-Marie Cann, Directeur d’études au Département Opinion et Stratégies d’entreprise de l’Ifop, a souhaité nous répondre.

Comment se passe le processus pour de tels sondages commandés ? Quels sont la place et le rôle du commanditaire ? Ne peut-on pas envisager qu’ils soient utilisés pour appuyer la politique ou les annonces du gouvernement ? Qui rédige les items, par exemple ? et quelle interaction y a-t-il eu ici avec Le Figaro ?

L’initiative d’un sondage peut revenir soit à l’institut soit au commanditaire de l’étude. Dans les deux cas, le questionnaire est toujours le fruit d’un échange approfondi entre les deux parties. À charge ensuite pour l’institut de mettre ceci en question puis de soumettre à son client un projet de questionnaire. Plusieurs allers-retours peuvent avoir lieu avant d’aboutir à la version finale qui sera administrée à un échantillon représentatif.

L’Ifop, comme tous ses confrères, veille en effet a ce que les libellés des questions soient les plus clairs possibles pour les personnes interrogées et ne prêtent pas à confusion. Lorsqu’une question porte sur l’actualité récente, celle-ci doit s’en tenir aux seuls faits et ne contenir aucun jugement de valeur : nous ne commentons pas la politique, ce n’est pas notre rôle. Sur ce point nous avons toujours le dernier mot et ceci peut parfois engendrer quelques tensions ! Il nous arrive d’ailleurs de refuser certaines questions, notamment lorsqu’elles auraient pour effet de susciter ou d’entretenir des attaques personnelles. Nous sommes très vigilants sur ce point.

Que pensez-vous de l’effet de l’accumulation de questions sur la sécurité sur la pertinence des réponses des sondés ? La tonalité des questions ne vous paraît-elle pas biaiser les réponses ?

La formulation d’une question et le choix des items de réponse peuvent “influer” sur les résultats obtenus. Ceci explique notamment que pour deux sondages réalisés sur un même sujet les résultats ne soient pas exactement les mêmes. D’où les écarts existant notamment entre notre enquête pour Le Figaro et celle réalisée par CSA pour L’Humanité. La première portait sur l’approbation des mesures annoncées, la seconde sur la nécessité perçue de ces mesures. Ce n’est pas tout a fait la même chose !

En revanche, ces deux enquêtes indiquent clairement que ces mesures rencontrent un écho favorable au sein d’une proportion élevée de la population.

N’y a-t-il pas une forme d’opportunisme dans un tel sondage, réalisé à chaud sur la base de déclarations d’intentions de la part du pouvoir ?

Sur l’opportunisme, je vous laisse juge : l’actualité récente ne portait-elle pas sur ce sujet ? En quoi serait-il illégitime d’interroger les Français sur les propositions présidentielles ?

Comment avez vous utilisé la méthode CAWI ? Avez vous utilisé des vidéos, documents sonores, images pour illustrer le questionnaire ? Peut-on en avoir des copies d’écrans ?

Les études par Internet suscitent d’important débats depuis quelques années, j’en suis bien conscient. Certains nous opposent d’ailleurs parfois l’argument selon lequel certains instituts n’utiliseraient pas ce mode de recueil car ils ne le jugent pas suffisamment fiable pour des études d’opinion. Qu’on m’explique alors pourquoi ce qui n’est pas suffisamment fiable pour de tels sujets l’est tous les jours pour des enquêtes marketing réalisées pour de grand groupes de l’agro-alimentaire, des cosmétiques, etc.

D’un point de vue méthodologique, les études CAWI, c’est-a-dire les sondages réalisés par Internet, sont aussi fiables que ceux réalisés en face-à-face ou par téléphone -précision devant être faite que, de notre point de vue, il n’existe pas de mode de recueil idéal-. En fait, seule la façon dont est collectée l’information diffère. Pour le reste, nous avons recours à la méthode des quotas et utilisons un logiciel professionnel dédié à ce type d’enquête. Celui-ci permet notamment de gérer automatiquement les quotas d’enquête et d’empêcher les participations multiples. Et contrairement à une rumeur avancée par certains chercheurs en science sociales, nos échantillons ne sont pas reconstitués à posteriori, ce serait pure folie !

Les questions portant sur des sujets politiques sont systématiquement posées en début de questionnaire (après les questions de quota permettant de qualifier la personne interrogée et de constituer l’échantillon, comme pour les autres modes de recueil). Pour ces questions, les interviewés ne sont exposés à aucun visuel ou vidéo.

Enfin, nos  sondages (et ceux de nos confrères) ne sont pas réalisés en plaçant des bannières ou tout autre lien URL sur un ou plusieurs sites internet. Nous avons recours à des bases qualifiées et sollicitons par courrier électronique des individus qui en sont extraits aléatoirement.

Pour plus de précisions je ne peux que vous renvoyer à mon article sur le sujet, publié il y un près d’un an par la Revue politique et parlementaire.

Le sondage a eu lieu en plein mois d’août. N’y a-t-il pas un biais par rapport à la représentativité ?

Le débat sur la période de l’enquête n’a pas grand sens. Si pendant de nombreuses années les instituts ont banni les enquêtes du 15 juillet au 15 août, c’est davantage par commodité (la gestion des vacances de leurs collaborateurs et enquêteurs face-à-face et téléphone) que pour des raisons méthodologiques. Arrêtons l’hypocrisie : la France ne s’arrête pas en été ! S’il est effectivement un peu plus difficile qu’en plein hiver d’entrer en contact avec les personnes, ce problème reste très limité.

L’Internet est un média nomade, il n’est pas nécessaire d’être à domicile pour y avoir accès. De plus, tous les Français ne partent pas en vacances en même temps. Ce problème ne se pose plus non plus pour le téléphone puisque l’Ifop inclut systématiquement une proportion significative de téléphones cellulaires dans ses échantillons. Quelqu’un oserait-il avancer l’idée que les Français ne partent pas en congés avec leur téléphone mobile ? Les critiques sur la période d’enquête révèlent avant tout une méconnaissance de notre métier. Sans doute avons-nous notre part de responsabilité et devons faire preuve de davantage de pédagogie en la matière.

Quel est le nombre de personnes qui n’a pas répondu au questionnaire ? Ne pensez-vous pas que ne pas faire figurer les “NSPP” soit dangereux en terme d’interprétation ?

En matière de “sans opinion” il existe deux écoles : certains instituts offrent cette possibilité dans leurs enquêtes auto-administrées, d’autres non. Après réflexion, lIfop a fait le choix de ne pas proposer cet item de réponse pour les questions portant sur des opinions. Il s’agit en effet d’un item dit “refuge” utilisé par les personnes ne souhaitant pas répondre à une question. S’il était proposé par Internet, cet item pourrait enregistrer des scores de 10 voire 15%. Pour une même question posée par téléphone, nous aurions 1 à 2% maximum, et 5% environ pour une enquête en face-à-face car les enquêteurs ont pour consigne d’effectuer des relances auprès des personnes cherchant à ne pas répondre.

Notre principal mode de recueil étant le téléphone (à taux de NSPP faible voir nul) et compte-tenu de la nécessité de pouvoir comparer des résultats d’enquête indépendamment du mode de recueil, nous avons fait le choix de ne pas laisser la possibilité aux personnes interrogées de ne pas répondre aux questions d’opinion. Ceci signifie aussi que si les questions avaient été posées par téléphone, nous aurions eu pratiquement les mêmes résultats car il y aurait eu très peu voir pas de NSP.

Comment définiriez-vous le pouvoir qu’ont aujourd’hui les instituts de sondage pour faire ou défaire l’opinion publique ? Ne pensez-vous pas que les sondages occupent une place trop importante dans le débat public alors qu’on en connaît les faiblesse et les carences ?

Je suis très étonné par cet éternel débat sur l’influence supposée des sondages sur l’opinion publique. Car finalement, c’est faire bien peu de cas du libre-arbitre de chacun. En quoi l’exposition aux résultats d’un sondage influerait-il sur vos opinions ?

Étrange conception de la nature humaine et plus globalement de la démocratie ! En revanche nos données peuvent effectivement être utilisées comme argument dans le jeu politique comme le sont tout autant celles d’autres acteurs. Nous parlons alors de l’interprétation qui peut être faite de nos données, notamment pas les journalistes et les politiques.

Pourquoi s’en prendre systématiquement au thermomètre ? Apporter l’information selon laquelle des mesures annoncées par le gouvernement sont approuvées par une majorité ne signifie pas que ces mesures sont nécessairement de bonnes mesures. Nous ne sommes pas ici pour porter un jugement de valeur, encore moins défendre une politique mais montrer que celle-ci peut rencontrer effectivement un écho favorable. À charge ensuite pour les opposants de défendre leurs contre-propositions, d’argumenter et de faire œuvre de pédagogie. C’est notamment le rôle des politiques et des intellectuels.

Pourquoi considérer d’emblée les résultats d’un sondage comme un horizon indépassable ? Quelle perspective pessimiste pour le débat démocratique ! Je prendrais le meilleur contre-exemple qui soit sur la nécessaire capacité de chacun à dépasser les données d’enquête : la peine de mort a été abrogée alors qu’une majorité de Français la défendait. Aujourd’hui, les enquêtes menées par l’Ifop démontrent clairement qu’une majorité de la population s’opposerait à son rétablissement. Ce retournement de tendance est à porter au crédit d’un travail de fond mené sur le sujet par les principaux acteurs publics. Nos enquêtes ne font que le mettre en lumière.

Notre travail consiste à mesurer des tendances, à identifier les contradictions et les lignes de fracture qui constituent l’opinion publique. Celle-ci est complexe par nature et impose beaucoup d’humilité dans notre travail au quotidien. Les données que nous produisons, notamment via les sondages réalisés pour la presse, n’ont pour seule vocation que d’apporter un éclairage sur un enjeu donné sans prétendre à présenter toute la vérité sur un sujet donné.

Illustrations CC FlickR par Guillaume Brialon, Stuart`Dootson

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