OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Poussée républicaine contre l’avortement http://owni.fr/2011/07/25/poussee-republicaine-contre-lavortement/ http://owni.fr/2011/07/25/poussee-republicaine-contre-lavortement/#comments Mon, 25 Jul 2011 10:06:05 +0000 Marie Telling http://owni.fr/?p=74491 Sauf mention contraire, tous les liens de cet article sont en anglais.

C’est un record : au cours du seul premier semestre 2011, 80 nouvelles lois ont été votées par les législatures des États américains pour durcir les conditions d’accès à l’avortement. Le dernier pic remontait à 2005 avec 34 mesures de restriction adoptées. C’est ce que révèle le Guttmacher Institute, institut de recherche américain spécialisé dans la santé reproductive [fr], qui vient de publier son rapport bi-annuel sur l’IVG aux États-Unis.

Depuis 1973 et la légalisation de l’avortement par la décision « Roe v. Wade » [fr] de la Cour Suprême américaine, la droite conservatrice s’est rassemblée dans des mouvements « pro-life » qui ont peu à peu gagné une influence considérable dans la machine républicaine.

En 1992, « Planned Parenthood v. Casey », nouveau jugement de la Cour Suprême, offre aux États une plus grande marge de manœuvre dans la législation sur l’avortement. Ils peuvent adopter des mesures restrictives tant que les contraintes pour les femmes ne sont pas jugées excessives. Cette décision va marquer le début d’une augmentation permanente des mesures anti-avortement.

En tête des États les plus restrictifs, ceux de la Bible Belt [fr] et du Midwest, le Kansas devançant tous les autres. Ceux-là ne manquent pas de ressources pour semer d’embûches le parcours des femmes voulant se faire avorter : délais d’attente, séances de conseils dirigées par des « pro-life », restrictions budgétaires sur les planning familiaux ou encore non-remboursements des frais médicaux.

Une minorité d’États beaucoup plus libéraux respectent encore les fondements de « Roe v. Wade », New York et la Californie en tête.

Si les politiques restrictives sont monnaie courante après 1992, on assiste depuis les « Midterms » de novembre 2010 à une intensification des attaques contre l’avortement. La victoire des Républicains dans une majorité d’États et la popularité du mouvement conservateur du Tea Party [fr] contribuent à cette tendance. C’est ce que décrit Elizabeth Nash, experte juridique au Guttmacher Institute :

L’augmentation des mesures anti-avortement est directement liée aux élections de novembre 2010 qui ont vu l’arrivée de législatures très conservatrices dans plusieurs États.
Il y a aussi eu un bouleversement au niveau des gouverneurs. Certains d’entre eux ont été élus sur des programmes anti-avortement.

Pour Sam Brownback, gouverneur républicain du Kansas, État devenu le plus répressif depuis son élection :

L’avortement est la question morale la plus importante de notre temps, tout comme l’esclavage l’était il y a 150 ans.

On observe ainsi un lien entre l’arrivée de conservateurs à la tête de certains États et l’apparition de nouvelles mesures répressives. C’est le cas du Kansas mais aussi de l’Ohio, de la Floride, du Wisconsin et de l’Oklahoma, dont la gouverneure Mary Fallin « a toujours été pro-life ».

Tout est fait pour décourager les femmes voulant se faire avorter. Parmi les mesures privilégiées par les élus « pro-life », celles qui prévoient des délais d’attente sont les plus courantes. Elles imposent la plupart du temps aux femmes d’attendre 24 heures ou plus entre leur première visite à la clinique et l’IVG.

Ces délais sont souvent accompagnés de visites chez un conseiller qui rappelle les risques de l’opération, parfois de manière mensongère. C’est le cas dans le Dakota du Sud et au Texas où des brochures citent le cancer du sein comme conséquence possible de la procédure.

Lors du premier semestre 2011, cinq États ont adopté des mesures concernant les délais d’attente. Le Dakota du Sud a tenté d’aller plus loin en imposant un délai de 72 heures dans une loi qui a été suspendue par la justice fédérale.

Ces quelques heures de délai peuvent paraître anodines mais elles sont un obstacle de plus sur le chemin des femmes qui souhaitent se faire avorter. Elizabeth Nash du Guttmacher Institute explique:

Les délais d’attente forcent les femmes à faire plusieurs trajets vers des cliniques qui sont parfois éloignées de chez elles. Dans certains endroits, le médecin n’est présent qu’une fois par semaine, voire tous les quinze jours, pour pratiquer des avortements.

Le délai d’attente dépasse alors largement les 24 heures puisque la patiente doit attendre une semaine de plus ce qui peut augmenter considérablement les coûts de l’opération. Les femmes les plus pauvres sont les premières victimes.

Le prix d’un avortement augmente ainsi en fonction de la gestation, allant de 425 dollars pendant les dix premières semaines à plus de 1500 dollars plus tard dans la grossesse. Le remboursement de la procédure dépend de son assurance et de l’État où l’on vit.

Certains États limitent ainsi les remboursements aux cas de viols, d’incestes ou lorsque la vie de la patiente est menacée. D’autres comme le Kentucky ou le Kansas ne l’autorisent que dans ce dernier cas. Les femmes les moins favorisées font les premières les frais de ces politiques.

Derniers remparts face aux législatures des États, les cours de justice fédérales jouent un rôle primordial dans la lutte contre les restrictions. Depuis le début de l’année, elles ont bloqué plusieurs lois votées par le Dakota du Sud, le Kansas ou l’Indiana. Mais les juges fédéraux ne peuvent rien contre les coupes budgétaires imposées aux planning familiaux et seule une minorité de lois ne verront pas le jour grâce à leur intervention.

Que la loi passe ou pas, l’élu qui l’a défendue sortira grandi auprès d’un électorat « pro-life » généreux dans le financement des campagnes électorales. Certains politiques proposeraient même des lois qu’ils savent condamnées d’avance pour séduire la frange conservatrice du Parti républicain.

La question de l’avortement s’invite aussi dans les élections et les débats nationaux. Les élections de 2012 devraient avoir leur compte de débats sur l’avortement. Beaucoup moins centrale que l’économie, la question de l’IVG reste tout de même très importante chez les Républicains. Être « pro-life » ne vous offrira pas la victoire, mais soutenir l’avortement peut être synonyme de défaite. En 2008, alors que Rudy Giuliani était considéré comme favori, ses positions « pro-choice » lui ont fait perdre le caucus de l’Iowa.

Pour Elizabeth Nash :

Les primaires ont tendance à attiser les extrêmes des deux parties, donc l’avortement sera sûrement une question importante pour la frange la plus conservatrice des Républicains. Le Tea Party est d’ailleurs très actif sur la question.

La liste Susan B. Anthony, groupe « pro-life », demande ainsi aux candidats aux primaires républicaines de s’engager à ne nommer que des juges ou des politiques pro-life aux postes clés du gouvernement fédéral. Le « Pro-Life Leadership Presidential Pledge » a déjà été signé par six candidats républicains.

Le durcissement des lois sur l’avortement devrait donc rester un argument électoral majeur pour les Républicains. Dans tous les cas, 2012 sera riche en joyeuses campagnes de comm’ :

Toutes les données utilisées pour les cartes sont issues de rapports du Guttmacher Institute.

Retrouvez notre dossier sur l’avortement :
L’avortement aux Etats-Unis: un débat graphique
L’avortement et son dégradé de lois dans l’Europe chrétienne

Image CC Flickr Amphis d’@illeurs

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Est-ce que la main invisible étrangle les travailleurs ? http://owni.fr/2011/04/27/est-ce-que-la-main-invisible-etrangle-les-travailleurs/ http://owni.fr/2011/04/27/est-ce-que-la-main-invisible-etrangle-les-travailleurs/#comments Wed, 27 Apr 2011 08:40:23 +0000 Stefanie Chernow http://owni.fr/?p=59221

Billet initialement publié sur OWNI.eu. Tous les liens sont en anglais.

« Prie pour les morts, combats de toutes tes forces pour les vivants. » Mother Jones

146 travailleurs sont morts dans l’incendie de l’usine de la Triangle Shirtwaist. Le directeur a fermé les portes, laissant aux victimes de l’usine le choix entre mourir brûlé ou sauter par les fenêtres. Pour rajouter une couche au drame, l’année précédente, les syndicats avaient essayé d’obtenir des conditions de travail plus sûres, mais les grèves n’avaient pas été soutenues et finalement, ces efforts ont échoué. La catastrophe la plus mortelle de l’histoire de l’industrie aurait pu être évitée si les syndicats avaient été entendu comme ils le méritaient.

Cela se passait le 25 mars 1911. De nos jours, les travailleurs se battent contre la droite, qui est déterminée à endiguer le déficit budgétaire en coupant les avantages de la classe sociale qui a le plus souffert de la crise économique. Pour atteindre ce but, les Républicains s’en prennent à la voix des travailleurs : les syndicats. Plus d’un siècle après, nous nous battons toujours pour les mêmes droits fondamentaux.

Il y a une guerre contre les travailleurs. En 2009, les 5% d’Américains les plus riches possédaient 65% de la richesse du pays pendant qu’à l’autre bout de l’échelle, 80% de la population possédait seulement 12,5% du gâteau. Supprimer les avantages de la classe moyenne n’est pas une solution viable pour résorber le déficit, mais c’est exactement ce que les Républicains essayent de faire.

Le mois dernier, le gouverneur républicain Scott Walker a essayé de supprimer le droit de négocier collectivement des fonctionnaires de l’Etat du Wisconsin, suscitant une indignation que les États-Unis n’avaient pas connue depuis des décennies. Les gens ont envahi la capitale fédérale à l’occasion d’une manifestation pacifique, dans un état d’esprit similaire à celui de la place Tahrir. Alors que les dictateurs du Moyen-Orient tombent un à un sous les appels à la démocratie, les Républicains font ce qu’ils peuvent pour détruire le processus démocratique. Sans un démocrate présent, (tous les démocrates ont fui l’Etat pour éviter que la loi ne soit votée), Scott Walker a fait passer sa loi pour détruire la négociation collective, et affaiblir en fin de compte les syndicats. Alors qu’ils s’étaient fait barrer l’accès au building, les voix de la classe moyenne pouvaient encore se faire entendre dans les murs de la capitale. Cela vous rappelle quelque chose ?

We are one

À la consternation de Walker, l’histoire ne s’est pas finie sur ses actions unilatérales. Depuis le scandale du Wisconsin le 10 mars, les gens sont trouvé l’énergie pour répliquer. Des pétitions demandant la révocation des élus ont commencé à circuler, visant les Républicains du Wisconsin qui ont retiré aux travailleurs le droit de négocier collectivement. Actuellement, assez de signatures ont été collectées pour exiger la révocation du sénateur républicain Dan Kapanke, bien qu’il y ait encore sept républicains visés par la procédure.

Malheureusement, d’autres États emboitent le pas du Wisconsin : L’Ohio vient de signer une loi anti-syndicats draconienne et presque chaque Etat des Etats-Unis a inscrit à son agenda une loi anti-syndicats.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Le 4 avril, l’American Federation of Labor – Congress of Industrial Organizations (AFL-CIO) a aidé à organiser plus d’un millier de rassemblements. La date est particulièrement lourde de sens, puisque c’est l’anniversaire du discours de Martin Luther King « I Have a Dream ». Martin Luther King III explique pourquoi son père aurait soutenu les travailleurs :

Il y 43 ans, mon père, Martin Luther King Jr., était assassiné à Memphis, dans le Tennessee, alors qu’il soutenait une grève des éboueurs municipaux. Cela représentait, dans son esprit, davantage qu’une quête pour quelques dollars de plus sur la paye. Il considérait que la grève faisait partie des grandes batailles de son époque – la lutte pour la démocratie, la vérité, la justice et la dignité humaine.
C’est pour ces mêmes raisons essentielles que mon père se joindrait aujourd’hui à des millions d’autres Américains pour défendre les fonctionnaires du Wisconsin, de l’Ohio, de l’Indiana et d’autres États où la négociation collective fait  maintenant l’objet d’attaques.

Dans tout le pays, des citoyens ordinaires ont montré leur solidarité et fait savoir aux Républicains qu’ils ne laisseraient pas passer ces initiatives anti-syndicats les bras croisés. Est-ce que les efforts du 4 avril seront suffisants pour prouver que la classe des travailleurs est trop grosse pour échouer ?

« J’espère voir plein de gens à City Park, Denver, Colorado. Pour la manifestation MLK et le rassemblement syndicaliste. »


« Je traverse le pont de Brooklyn en soutien aux syndicats, pour le droit des travailleurs et l’héritage de MLK ! »

« Faisons-le, Alaska ! 16 h 30 : rassemblements à travers l’État. »

« La seule réponse efficace à l’avidité organisée est le syndicalisme organisé. »

« Le Wisconsin est victime d’une stratégie nationale »

OWNI a contacté Penny Schantz, actuelle déléguée internationale de l’American Federation of Labour and Congress of Industrial Organizations (AFL-CIO), pour évoquer la situation aux États-Unis. Durant trente ans, elle a été présidente de la section locale de Madison, quand la législation qui accordait le droit de négocier collectivement aux chargés d’enseignement a été introduite.

En quoi les manifestations aux États-Unis sont différentes des manifestations en Afrique du Nord ?

Les revendications sont de nature différente. En Égypte et en Tunisie, il s’agit de changements fondamentaux dans la société elle-même. Ce sont des mouvements populaires menés par des gens qui veulent la démocratie et mettre fin à plusieurs décennies de dictature. Ce qui se passe aux États-Unis est une réaction aux initiatives prises par l’aile dure des Républicains, qui s’en prend aux travailleurs du secteur public et à leur droit d’avoir des syndicats.

Le Wisconsin est victime d’une stratégie nationale menée par des hommes politiques qui sont déterminés à récompenser les PDG et les autres donateurs des entreprises qui ont financé les campagnes dans chaque État où ils détiennent le pouvoir politique. La stratégie qu’ils ont adoptée est très bien coordonnée et financée, et elle est soutenue par une énorme machine de propagande. Ils mènent ces initiatives sous couvert de réductions budgétaires.

From Memphis to Madison Rally

Pouvez-vous détailler le fonctionnement de cette propagande de la droite ?

Les Républicains utilisent les réductions budgétaires comme une excuse. Ils essayent de retirer des services pour les familles de travailleurs, et dans le même temps, ils accordent des réductions majeures de taxe aux entreprises et aux riches. Il est donc difficile de croire que c’est vraiment lié à des réductions de budget. Si vous regardez les élections de 2010, et comme nous le savons tous, de larges victoires ont été remportées par beaucoup de candidats du Tea Party -, les contributeurs les plus importants du parti démocrate ont été les syndicats du secteur public. Il ne s’agissait pas que d’argent mais aussi de votes et de bénévoles.

Existe-t-il une relation entre la force et le pouvoir des marchés financiers et la faiblesse de la capacité des syndicats à négocier ?

L’effort concerté des entreprises américaines pour affaiblir les syndicats est un problème majeur. Les syndicats ont été à leur apogée entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et le début des années 70. À cette époque, nous avons observé une tentative organisée et très bien financée – malheureusement assez efficace – de retirer le pouvoir aux syndicats et de rendre plus difficile pour les travailleurs d’en former un. En termes de mondialisation et de croissance des marchés financiers, l’attaque contre le mouvement syndicaliste aux États-Unis a précédé les tentatives importantes de globalisation, qui sont elles beaucoup plus récentes.

Les actions unilatérales de Walker ont suscité beaucoup de frustration, mais pas tant que cela en termes de résolution des problèmes. Que suggérez-vous pour que la classe moyenne progresse ?

La classe moyenne peut progresser en s’organisant et en essayant de changer les fondements de la politique. Si les gens travaillent pour quelqu’un d’autre sans être syndiqués, ils devraient alors le faire. Ils devraient obliger les politiques à rendre des comptes. Nous devrions penser les améliorations de la société en se basant sur la création d’emplois décents. Malheureusement la reprise économique que nous avons aux États-Unis, dans la mesure où nous en avons eu une, est une reprise sans emplois. Cela ne sert pas du tout les intérêts de la classe moyenne, de la classe des travailleurs, ou des pauvres.

Quels types de loi aimeriez-vous voir passer aux États-Unis pour améliorer la législation ?

Une avancée majeure serait de faire passer l’Employee Free Choice Act. C’est une loi sur le travail qui autoriserait à avoir un syndicat si la majorité des travailleurs d’un site le désire. C’est aussi simple que cela. Donc si une majorité des employés dit “oui, nous voulons signer des cartes d’autorisation et avoir un syndicat”, pourquoi ne pourraient-ils pas avoir des représentants ? Actuellement aux États-Unis, ce n’est pas facile à cause des intimidations des employeurs envers les travailleurs : les délais sont longs pour organiser des élections honnêtes et il existe toute une série d’autres tactiques anti-syndicats.

Traduction Sabine Blanc et Ophelia Noor.

Crédit photo Flickr CC Dave Hoefler et wisaflcio

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Les données, arme fatale des élections américaines http://owni.fr/2011/04/23/les-donnees-arme-fatale-des-elections-americaines/ http://owni.fr/2011/04/23/les-donnees-arme-fatale-des-elections-americaines/#comments Sat, 23 Apr 2011 11:00:35 +0000 Micah Sifry http://owni.fr/?p=58556

Article initialement publié sur TechPresident sous le titre “Election 2012: It’s not Facebook. It’s the Data, Stupid.”, et repéré par OWNI.eu

Tous les liens sont en anglais.

Le président Obama, l’ancien gouverneur du Massachusett, Mitt Romney et l’ancien gouverneur du Minnesota Tim Pawlenty ont annoncé qu’ils se présenteraient à la présidence de 2012 et ont lancé leur sites de campagne. Un autre concurrent majeur, Sarah Palin, a également dévoilé une nouvelle version de son site SarahPac. On peut désormais avoir un aperçu de ce à quoi va ressembler l’élection de 2012 sur Internet. Et jusque-là, les médias traditionnels passent à côté.

Contrairement aux élections de 2008 – il fallait encore pousser les journalistes à s’intéresser à l’émergence d’Internet en tant que champs de bataille de la campagne – cette fois, tout le monde est déjà convaincu. Pour ces élections, contrairement aux précédentes, tout le monde a fini par comprendre que ce sont les véritables liens tissés avec les électeurs qui sont à l’origine de l’engagement politique. C’est ce type d’enjeu qui transforme des personnes soutiens lambda d’un candidat en personnes qui frappent aux portes et font des dons.

Jusque-là, la plupart des traitements médiatiques de l’aspect technologique de 2012 s’est surtout porté sur l’utilisation par les candidats de médias sociaux comme Twitter et Facebook. Après avoir minimisé pendant des années l’importance des leaders d’influence que peuvent être les blogs politiques et les réseaux sociaux, il y a bien une chose dont les médias classiques semblent certains: la bataille présidentielle va, en partie au moins, dépendre de la capacité des candidats à être présents sur Internet.

Dans leur approche pourtant, ils ont surestimé la réduction de l’écart technologique par les Républicains face aux Démocrates, et glosent sur la façon dont fonctionnent d’importantes plateformes comme Facebook. Au final, ils donnent une image trompeuse qui occulte les avantages significatifs dont dispose actuellement Obama dans la campagne.

À titre d’exemple, ce gros titre du Los Angeles Times Twitter, Facebook and YouTube now crucial to presidential campaigns [NDLR : Twitter, Facebook et Youtube désormais d'une importance capitale dans la campagne présidentielle]. Le National Journal renchérit avec ce titre : “Candidates Vie to Star in ‘The Social Network,’ 2012 Edition” [NDLR : La lutte des candidats pour être les stars de "The Social Network", version 2012]. “Les médias sociaux sont devenus une force capitale dans la politique actuelle”, explique la journaliste du Los Angeles Times Seema Mehta. Elle ajoute que le succès du mouvement du Tea Party et du Républicain Scott Brown dans la course aux sénatoriales dans le Massachusetts s’explique par l’utilisation des “connexions des médias sociaux” et signifient que les Républicains vont eux aussi en bénéficier.

Lors des dernières élections de mi-mandat, les Républicains ont rattrapé les Démocrates dans la maîtrise technologique et l’utilisation des réseaux sociaux, et aujourd’hui beaucoup d’élus républicains utilisent ces outils davantage que les Démocrates, selon Jennifer Preston dans son article Republicans Sharpening Online Tools for 2012 [NDLR : Les Républicains affutent leur maîtrise des outils en ligne pour 2012], paru dans le New-York Times.

Une fois encore le message consiste à dire que les deux partis sont à égalité.

L’avance démocrate

Certains vont même plus loin encore, considérant l’adoption croissante du réseau social par les Républicains comme un signe de la vulnérabilité d’Obama. C’est ce qu’estime Byron Tau dans Politico :

Les e-mails et les blogs sont aujourd’hui dépassés. Maintenant que tout le monde est sur Facebook, la réélection d’Obama ou l’élection de ses concurrents républicains passera par un investissement bien plus important de ces espaces médiatiques sociaux.

Permettez moi de penser autrement. D’après un certain nombre de conversations que j’ai eu avec des stratèges politiques online, aussi bien républicains que démocrates, la sagesse populaire du moment se trompe. Facebook et autres réseaux sociaux ne sont pas le champs de bataille principal. Ce sont les données et la capacité à utiliser des stratégies en ligne qui convaincront des volontaires motivés à se faire connaître, et à persuader les gens d’aller voter.

La vérité, c’est que dans l’élection de 2012, qui promet d’être un combat acharné, Obama a deux avantages. Il part avec une avance énorme pour ce qui concerne l’infrastructure en ligne – une base massive si vous voulez – et donc les données. Même si la liste d’e-mails des 13 millions de membres a un peu vieilli et les taux d’ouverture ont sans aucun doute décliné, il mène toujours la course grâce au nombre de ses contacts. Rien de ce que font actuellement les Républicains sur Internet ne s’en approche. Personne d’autre, par exemple, ne détient une plateforme de type my.barackobama.com (myBO) où les supporters peuvent créer leurs propres blogs, des pages de levées de fonds, ou organiser des fêtes ou des groupes en ligne. Une plateforme où les données fournies offrent aux managers de campagne un véritable trésor d’information concernant l’intérêt des gens et leur activité.

Le candidat le plus proche d’Obama en terme de sophistication technologique est Pawlenty. Il a étendu “Multiply”, la plateforme pensée par EngageDC, qui donne aux soutiens des points notamment lorsqu’ils connectent leurs comptes Twitter ou Facebook à la campagne.

L’une des raisons de l’écart technologique est l’argent. Comme me le disait un vétéran républicain de la stratégie en ligne :

les gens oublient combien cela coûte à développer [my.B.O].

Les estimations approchent les millions, engagés au fil des années par l’équipe Blue State Digital qui n’a cessé d’apporter des améliorations à un modèle créé en 2003. “Je doute sincèrement qu’un seul des opposants républicains ait l’argent pour développer une chose pareille” a-t-il ajouté. Le RNC [comité national républicain] aurait pu investir dans le développement d’une telle plateforme ces dernières années, mais manifestement, les priorités étaient ailleurs.

Facebook: son potentiel…

Les plateformes de réseaux sociaux comme Facebook sont évidemment importantes, aussi bien en tant que moyen pour les équipes de campagnes de trouver des supporters potentiels qu’en tant que moyen pour les supporters d’influencer leurs amis. Mais elles ne constituent pas l’environnement idéal pour l’organisation politique ou pour le rassemblement de données permettant de cibler efficacement l’électorat… Alors que les détenteurs de pages Facebook se vantent du nombre de “likes” qu’ils ont, on ne peut pas trouver les données relatives à l’engagement politique sur Facebook, même les plus simples. Les administrateurs de pages Facebook ont accès à des analytics indiquant les billets les plus appréciés, le nombre de commentaires et la typologie générale, mais les informations sont anonymisées et agrégées. Seules les campagnes Obama et Pawlenty semblent avoir compris cet aspect central.

Prenez l’application Facebook “Are you in” qui faisait partie de la campagne d’Obama lancée récemment. Apparemment, c’est un outil soigné qui non seulement permet aux supporters d’Obama de déclarer leur soutien à la réélection du président, mais présente aussi immédiatement une liste de leurs amis également engagés et les invite à joindre facilement les autres. Mais sous la surface se joue quelque chose d’encore plus puissant. La première fois que vous utilisez l’application, elle demande votre permission d’ajouter les informations vous concernant (comme votre nom, vos photos, genre, réseaux, votre liste d’amis, et “n’importe quelle autre information” laissée ouverte sur Facebook). Elle demande également votre permission de lister votre date d’anniversaire, votre ville actuelle, et la possibilité de vous joindre par mail et à poster sur votre mur. (Certaines de ces fonctionnalités peuvent être limitées, mais la plupart sont requises à l’utilisation de l’application).

La campagne Pawlenty cherche également à connaître toutes ces informations lorsque vous vous enregistrez sur PawlentyAction, mais demande aussi à pouvoir poster sur votre mur et votre fil d’information. Déplaisant. J’ai tenté de trouver les “conditions d’utilisation” de l’application mais la page s’avère introuvable. En fouinant dans les paramètres de confidentialité, vous pouvez trouver les informations qui ont été récemment fournies à une application. D’après les règles d’usage de Facebook, cette information n’est pas censée être sauvegardée plus de 24 heures. Reste à savoir si les équipes de campagnes respectent effectivement cette règle.

Pourquoi est-ce si précieux ? Un stratège démocrate explique :

Désormais, Obama peut par exemple utiliser sa liste pour envoyer un message à chaque femme de 35 ans ou plus qui s’est identifiée sur Facebook comme démocrate et a plus de 500 amis et les inviter à s’engager, m’a expliqué un stratège démocrate. Ou contacter des hommes républicains new-yorkais avec un message de la part d’un expéditeur qui pourrait avoir de la résonance comme Mike Bloomberg.

125.000 personnes ont déjà autorisé la campagne Obama à accéder à leurs données Facebook. Environ dix fois moins pour la campagne Pawlenty.

Tous les consultants républicains auxquels j’ai parlé ont admis que leur camp n’avait pas encore trouvé comment collecter et intégrer une base de donnée comparable à celle dont dispose l’équipe Obama grâce à myBO et Facebook. “Le problème c’est qu’ils ne comprennent pas le niveau technologique nécessaire à l’élaboration de myBO”, m’a confié un développeur conservateur, déplorant la conversation actuelle au sein du camps conservateur. “Ils en parlent, mais quand il s’agit de mettre au point quelque chose de ce niveau, ils ne le comprennent pas.”

Il a ajouté :

Généralement, les personnes tournées vers la technologie sont de gauche. La plupart du temps ce ne sont pas des Républicains. Dans le camp républicain, on a beaucoup de marketers orientés vers la technologie, pas des gens qui savent coder.

… et ses limites

En outre, comptabiliser les “likes” sur Facebook et les followers sur Twitter ne fait de mal à personne, mais ces chiffres ne traduisent pas forcément une réalité quant aux nombres de volontaires concrètement engagés sur le terrain. “L’idée c’est de récupérer des données dans le but de mobiliser, et l’intérêt de mobiliser, c’est de conduire nos activistes à persuader des votants par téléphone ou en faisant du porte à porte”, m’a dit un autre stratège républicain. “Trop souvent, les gens pensent que la récupération des données sert à persuader, mais les indécis ne visitent pas les sites de campagne et ne s’inscrivent pas sur des listes d’e-mails. Et quand bien même j’avais des données concernant ces indécis, j’irais plutôt les approcher avec un activiste, chez lui, plutôt qu’avec une bannière publicitaire”, a ajouté le développeur républicain.

Pendant cette campagne, il sera question d’un ciblage plus précis que jamais auparavant, capable d’impliquer un maximum des personnes. Vous pouvez recevoir 500 messages Facebook par jour, ou des e-mails, mais combien de personnes vont venir frapper à votre porte ?

De telles nuances pourraient ne pas autant compter pour des “mouvements”, comme celui de Palin, si elle se présente véritablement. Comme Obama en 2008, Palin, plus que n’importe quelle autre Républicain a compris comment utiliser les nouveaux médias pour communiquer directement à sa base, court-circuitant ainsi les filtres médiatiques. Mais dans une course serrées, la capacité à générer des listes précises de volontaires prêts à aller frapper aux portes pourrait donner un avantage de quelques points. Et c’est pour cela que toutes les données possibles concernant qui ils sont et ce qu’ils aiment sont bonnes à prendre.

Beaucoup d’autres facteurs vont sans aucun doute définir la bataille de 2012. Le rôle de groupes extérieurs, le côté imprévisible de ce que vont eux-même produire les électeurs, le fait que le terrain des Républicains est assez fragmenté et plutôt faible, et le calendrier des primaires : tout cela pourrait favoriser les entrants tardifs qui bénéficieraient du caractère volatile de la politique en ligne. Et Obama n’est clairement plus dans la position de créer une organisation de rupture. Finalement, il demande à ses électeurs de la constance, pas du changement.

Mais tout cela sera discuté plus tard. Maintenant, dans les premiers jours de la course, si l’on considère le rôle que joueront Internet et la technologie, l’avantage ira forcément au camps qui détiendra les force stratégiques et la sophistication technologique les plus puissantes.



> Illustrations: captures d’écran de l’application Facebook “Are you in” / capture d’écran Twitter / capture d’écran de PawlentyAction

> Traduction Hélène David

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