OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Mutins du travail http://owni.fr/2012/03/27/mutins-du-travail-coworking-mutinerie/ http://owni.fr/2012/03/27/mutins-du-travail-coworking-mutinerie/#comments Tue, 27 Mar 2012 16:20:24 +0000 Guillaume Ledit et Ophelia Noor http://owni.fr/?p=103697 coworking a récemment ouvert ses portes à Paris. Si Mutinerie propose des bureaux à la location, les fondateurs du projet souhaitent également ouvrir la réflexion autour des évolutions du travail en entreprise. Et favoriser l'émergence d'une communauté. ]]>

La cuisine américaine dans l'entrée - (cc) Ophelia Noor pour Owni

La vitrine est encore en friche. Au 29, rue de Meaux, dans le 19ème arrondissement de Paris, “Mutinerie” prend progressivement ses quartiers. Espace de “coworking“, le lieu permet à des travailleurs indépendants de louer leur bureau pour une journée, quelques semaines, ou plus si affinités. Rencontre avec ses fondateurs, qui ambitionnent d’apporter leur pierre à l’édifice d’une nécessaire redéfinition du travail.

Pirates au travail

Réunir dans un même espace des individus provenant d’horizons différents et exerçant leurs talents dans des secteurs variés, rien de bien révolutionnaire. Si ce n’est qu’une telle approche révèle une volonté de “faire communauté” et de recréer du lien autour de son activité professionnelle.

“Si on ne choisit pas sa famille, on peut aujourd’hui choisir ses collègues”, nous dit Antoine van den Broek, l’un des quatre gaillards à l’origine du projet. Les trois frangins van den Broek sont tous passés par une école de commerce. Après quelques expériences professionnelles en entreprise, ils ont eu envie d’autre chose que cette “logique qui te bride sur ton lieu de travail”.

La grande salle de travail - (cc) Ophelia Noor pour Owni

Cela fait maintenant plus d’un an qu’Antoine, Éric et William, associés à leur ami Xavier, recherchent un lieu à la hauteur de leur ambition. Création d’un site pour expliciter leur démarche et commencer à réunir des individus intéressés, recherche frénétique d’un endroit pour accueillir leur projet ont rythmé leur vie… Jusqu’à découvrir l’espace idéal. Après trois mois de travaux et plusieurs prêts contractés, Mutinerie a ouvert ses portes.

“En situation de crise, les paradigmes explosent. Et le travail n’échappe pas à la règle.”, confie Antoine, “On est plus dans l’agrégation de compétences sur un projet que dans statut social”.

De son nom au discours de ses fondateurs en passant par son slogan (“Libres ensemble”), le projet se veut autre chose qu’une simple entreprise de location d’espace de travail.

“Une mutinerie, c’est quand l’équipage jette le capitaine par dessus bord et prend le contrôle”, nous explique Antoine au pied des escaliers d’une cave qui reste encore à aménager. Avant de continuer :

L’idée de Mutinerie, c’était de faire naître un mouvement.

Vers le grand espace de coworking - (cc) Ophelia Noor pour Owni

Mouvement

Un mouvement animé par l’envie de “recréer des modes de confiance et de sociabilité”.En se passant, notamment, des relations hiérarchiques, et en insistant sur la notion de “communauté”.

C’est l’un des aspects importants du mouvement du coworking, qui trouve ses origines dans le développement du monde numérique. Les pratiques de travail en espace collaboratif y sont en effet encouragées, notamment lorsque différents corps de métiers travaillent ensemble lors de barcamps ou de hackathons.

De San Francisco à Berlin en passant par Londres ou New-York, les espaces de coworking ont essaimé. A Paris, leur développement est encore embryonnaire même si La Cantine, lieu de rencontre des acteurs du numérique de la capitale, a défriché le terrain.

La salle de réunion. des travaux sont prévus pour réaménager l'endroit avec de grands murs véléda - (cc) Ophelia Noor pour Owni

Loin des grosses structures, incubateurs d’entreprises et autres friches souvent encouragées par les pouvoirs publics, Mutinerie veut faciliter les liens entre les membres de sa communauté. “Le coworking, c’est d’abord de l’humain”, explique Antoine, “on a voulu un espace très flexible pour encourager les liens entre les différentes professions“. Des métiers allant du conseil au design en passant par le management, la photographie ou encore l’architecture.

Depuis quelques semaines, les “résidents” (qui louent un bureau privatif) et les autres apprennent à se connaître dans cet espace de 400 m2 illuminé par une grande verrière. Des lieux sont aménagés afin de favoriser les interactions, comme le bar qui fait office d’accueil, ou “l’espace ramoufle”, situé dans un recoin du caveau, et qui permet de se détendre en toute tranquillité.

Antoine, co-fondateur de la Mutinerie - (cc) Ophelia Noor pour Owni

Les membres de Mutinerie sont en majorité des travailleurs indépendants, aux profils variés. Et, à la surprise des fondateurs, pas essentiellement masculins. “C’est bien, on évite l’ambiance caserne”, explique Antoine.

Les forfaits vont de 30 euros pour une journée à 390 euros par mois pour un espace de travail personnel. Pour le moment, les fondateurs du lieu ne se payent pas. En plus des abonnements, ils comptent sur l’organisation d’évènements, le sponsoring ou quelques missions de conseil pour parvenir à vivre de leur projet. Un business model évolutif, sur le modèle de ce que peuvent connaître les start-ups.

En attendant de trouver le modèle idéal, Mutinerie commence à tisser sa toile, de la revalorisation du tissu local à des liens avec différents espaces de coworking dans le monde.


Photographies par Ophelia Noor pour Owni /-)

Consulter toutes les photos dans la galerie.

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Les bibliothèques vont-elles survivre? http://owni.fr/2011/04/27/les-bibliotheques-vont-elles-survivre/ http://owni.fr/2011/04/27/les-bibliotheques-vont-elles-survivre/#comments Wed, 27 Apr 2011 10:30:41 +0000 microtokyo http://owni.fr/?p=58009 A l’heure où l’information se consomme et se périme aussi vite que des asperges primeur, on pourrait presque se demander à quoi bon encore aller dans une bibliothèque quand tout est accessible depuis notre connexion internet personnelle.
Paradoxe : alors que la demande d’information n’a jamais été aussi forte qu’aujourd’hui, les quelques 3.000 bibliothèques publiques (municipales, universitaires et départementales de prêt) de l’Hexagone ne cessent d’accuser une constante diminution de leur fréquentation depuis près de 30 ans.

La très officielle enquête des pratiques culturelles des Français de 2008 montre ainsi que nous lisons moins d’imprimés et préférons davantage le web et le multimédia. Riches heures que celles de l’hypertexte et du collaboratif : on cherche et co-construit du savoir sur Wikipedia ou Open Content Alliance. On va et apporte des news sur des sites de data-journalisme comme Owni ou Openleaks. Il semblerait que les citoyens aient fait sa fête au savoir encyclopédique, que les flux numériques aient gagné contre les stocks des collections imprimé.

Librarian, r u has been (lol) ?

Il y a aussi Google. La petite fenêtre du moteur de recherche rend sacrément service quand il s’agit d’aller à la pêche à n’importe quelle info. Les programmes Google Books et Google Libraries travaillent quant à eux à numériser des millions d’ouvrages et documents à l’échelle planétaire… patiemment sélectionnés et préservés par des bibliothécaires au fil des siècles.

Dans une tribune désormais fameuse intitulée La bibliothèque universelle, de Voltaire à Google, le directeur de la Bibliothèque de Harvard, Robert Darnton, donne le ton : numériser oui, encore faut-il que ce travail respecte les droits d’auteur et s’inscrive dans un souci d’accès durable au savoir par tous, dégagé des vicissitudes de l’offre marchande.
Vu les tractations tendues ici, et là-bas avec la firme californienne, ce n’est pas encore gagné. Certes, Google n’est pas (encore ?) capable de proposer l’équivalent d’une bibliothèque numérique comme Gallica ou Europeana.

Mais tout de même. L’accès facile et instantané à toute l’information mondiale par le web et les formats numériques peut renforcer l’image vieillotte de la bibliothèque et du bibliothécaire. Ou plutôt de la bibliothécaire : vieille fille austère davantage habituée à ranger des bouquins sur des rayons qu’à conseiller le lecteur et animer les foules. Pour peu que vous lui demandiez une information, vous risquez le “il faut aller voir dans l’autre service”.

Une question un peu précise ? Voilà votre vieille fille de chercher sur Google, ce que vous auriez pu faire vous-même. Frustré(e), vous retournez à votre place en doutant que la bibliothécaire connaisse aussi bien l’affaire Wikileaks et la série des Grand Theft Auto que les œuvres de Virgile. Pas étonnant qu’aucun bibliothécaire n’ait marqué l’Histoire ! Borgès ? Bataille ? Leibniz ? Connais pas ! Barthes ? Ah oui, le footballeur…

De leur côté, les gouvernements semblent se dire que le droit à l’information et à la formation du citoyen n’est qu’un gadget démocratique coûteux. Le Manifeste de l’Unesco et de l’IFLA sur la bibliothèque publique ? Mythologie hippie ! Outre Manche, les coupes budgétaires forcent les bibliothèques à privatiser, externaliser, privilégier le bénévolat au salariat… ou à fermer.

La résistance s’organise comme elle peut avec des collectifs de soutien comme la Save our library day organisée par la puissante CILIP. Une cartographie des exactions ici. En France, la Loi sur l’autonomie des Universités (LRU) n’oblige plus les Services communs de documentation (dont font partie les bibliothèques universitaires) à siéger aux conseils d’administration. Plus globalement, que ce soit dans la fonction territoriale ou d’État, les postes se raréfient. C’est le fameux 1 sur 2, complètement trendy chez les libéraux.

Créer des liens

Les bibliothèques, c’est un peu le verre à moitié vide ou à moitié plein. Face aux mutations rapides du traitement de l’information, du savoir et des sociétés, leurs fonctions sont en pleine mutation. Mais rassurons-nous, l’avenir est incertain pour tout le monde. Si en France, aucune loi ne définit les missions des bibliothèques, sans doute vaut-il mieux considérer ce vide juridique comme un espace de liberté. Commençons par nous rappeler que la lecture est un acte éminemment politique, une lutte contre les conformismes, le mercantilisme et la banalisation de la nouveauté.

Lire, c’est lier aussi. La bibliothèque est un espace public ouvert à tous. Implanter une bibliothèque dans un département, une ville, un quartier est un acte fort pour des élus. Au même titre que les médias, la bibliothèque, c’est une certaine idée de l’Homme dans la cité et de la cité elle-même. En termes de comm’ institutionnelle, la présence d’une bibliothèque est une vitrine renvoyant à la population l’image d’un territoire démocratique, éclairé et contemporain, d’où l’importance d’un architecte côté. Elle valorise aussi bien l’élu que les bénéficiaires en renforçant le sentiment d’identification à un lieu précis, à un vécu commun.

On se répète, mais des établissements comme Le Rize de Villeurbanne ou les Idea Stores londoniens, tous implantés dans des quartiers populaires, mettent les populations au cœur de leur politique documentaire et d’activités afin de renforcer accès au savoir et le lien social. Ils participent à un changement de mentalité, d’imaginaires, notamment chez les jeunes, en proposant une ouverture sur le monde, un autre rapport au savoir, voire au livre.
Implanter une bibliothèque est tout autant une opération d’urbanisme, d’aménagement du territoire : en tant qu’équipement culturel, elle peut aussi bien préfigurer la réactivation d’une zone marginalisée que développer un territoire très peuplé ou attractif.

“Le bibliothécaire est un atout du web”

Organes du service public, les bibliothèques ont à cœur de garder une utilité sociale en proposant un vaste pan du savoir universel. Elles s’attachent à constituer, conserver, actualiser et rendre disponible des collections de documents variés à des publics variés. Elles veillent à répondre aux besoins des citoyens en information, culture, loisir, formation, travail de recherche… et même de sociabilité et de farniente.

La fréquentation de bibliothèques, de la presse spécialisée (telle le BBF, Bibliothèques ou les publications de la Fédération internationale des associations de bibliothécaires et d’institutions) ou encore de blogs de pros comme celui de Silvère Mercier, Bibliobsession ou le Nombril de Belle Beille, d’Olivier Tacheau nous fait comprendre que dès aujourd’hui et plus encore demain, les bibliothèques et leurs bibliothécaires ont un rôle essentiel à jouer dans la vie de l’espace public et le traitement de l’information, au même titre que le journaliste, l’élu ou le chercheur.

Les bibliothèques sont sur le point d’opérer le passage de structures de prêt à agences de service de contenus. Nouveauté ? Le bibliothécaire visionnaire Eugène Morel disait déjà en 1909 que les bibliothèques ne ser(aie)nt plus des monuments mais des agences…

L’une des plus belles perspective réside ainsi dans le fait de constituer des collections hybrides, composées de documents numériques et papier. On se force à penser le contraire, mais les deux font bon ménage. Plus encore, le binarisme “flux des réseaux numériques” versus “stock des supports papier” ne convainc que les geeks les plus bornés. C’est justement la définition basique de la politique de contenus que de garder une trace, une mémoire de tout document pour les générations présentes et futures.

Au bibliothécaire donc de stocker aussi les informations les plus pertinentes issues du numérique et de faire circuler tout autant les documents papier en réserve. Belle carte à jouer : le bibliothécaire a un atout sur le web car si celui-ci ne propose qu’un chaos d’informations, le premier rassemble certaines d’entre elles pour constituer du sens, de la connaissance. Un ensemble hétéroclite d’informations fragmentaires ne fait un savoir.

Le bibliothécaire sélectionne l’information la plus exacte, la plus représentative d’une situation, d’une époque et la contextualise dans un ensemble de documents aux supports variés, la collection. Comme le dit bien Gilles Eboli [PDF] de la Bibliothèque de Marseille à vocation régionale, le bibliothécaire crée du sens en sélectionnant des flux rss, en proposant des agrégateurs de flux, des bases de données, en proposant des webographies et des services de signets sociaux, tels les Guichets du savoir de la BM de Lyon, au même titre que des livres, revues papier, estampes, photographies, supports audio-visuels… Les plus développeurs des bibliothécaires se lancent déjà dans l’archivage du web, notamment au sein de l’International Internet Preservation Consortium [EN], ou l’Internet Memory Foundation [EN]. Joli service rendu à la communauté, non ?

Wikipedia et le data-journalisme pour construire l’espace

Autre carte à jouer : impliquer l’usager dans la chaîne du traitement de l’information et de la co-production de savoir. Loin d’être des concurrents prédateurs, Wikipedia et le data-journalisme participent de la même construction de l’espace public. Aux bibliothèques de mieux s’y positionner, par exemple en donnant la possibilités aux usagers de co-réaliser des fiches signalétiques, des commentaires sur les notices bibliographiques, de participer au classement des ouvrages les plus empruntés (facing, tables de présentation des coups de coeur…). Aux bibliothèques également d’animer des communautés d’e-lecteurs, d’être présentes sur des bureaux virtuels et autres wikis.

Enfin, troisième carte à jouer – probablement celle maîtresse : la médiation entre des collections et des publics spécifiques. En cela, le bibliothécaire rejoint l’anthropologue ou un DJ dans leur position de passeur. Derrière la portée presque romantique du propos, des actions concrètes : connaître suffisamment les publics de sa bibliothèque pour leur proposer des projets et des évènements adaptés (expos, rencontres avec des auteurs, conférences), savoir doser et valoriser les documents numériques, les livres, les revues, disques, DVDs, offres de formation… Ne pas hésiter à agrandir les salles des périodiques et d’accès à internet, de réduire les rayons livres, tout en mettant en place des actions de valorisation de ces derniers. Ce qui implique d’acquérir des compétences en animation culturelle.

Il y a lieu d’être optimiste : bien des médiathèques des grandes villes françaises proposent déjà tous ces services. On y trouve aussi, comme dans les B.U de Barcelone, de plus en plus d’espaces garnis de poufs moelleux et de cafés. Choquant ? Non, c’est accepter que les collections sont aussi un lieu de sociabilité, la place publique où il est même possible de ne rien faire, et gratuitement. Se sentir chez soi à la bibliothèque, une living room library… Cette dernière notion implique aussi de s’adapter aux temps de vie des citadins. Pourquoi ne pas ouvrir les bibliothèques davantage le soir pour les salariés et le dimanche, pour les familles ?

En ces temps de constante réduction des libertés dans les espaces communs et de brouillage de l’espace public, les bibliothèques ont un rôle éminemment politique à y jouer. Quant au métier de bibliothécaire, c’est un hybride actuel tirant déjà vers demain : un peu archiviste, documentaliste, informaticien, journaliste/veilleur, animateur/médiateur et conseiller des élus, il correspond bien mal au cliché de l’intello planquée et timorée. Pour lui comme pour les autres, les temps sont troubles, mais il a compris que des places sont à prendre dans le train de la démocratie, dans toutes les classes.

> Article publié initialement sur Microtokyo sous le titre Les bibliothèques sont-elles tendances dans le futur ?

> Illustrations Flickr CC Osbern, Dalbera et Dottavi

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Bulles et couleurs de l’espace http://owni.fr/2011/03/26/bulles-et-couleurs-de-l-espace/ http://owni.fr/2011/03/26/bulles-et-couleurs-de-l-espace/#comments Sat, 26 Mar 2011 09:00:12 +0000 Dr Goulu http://owni.fr/?p=53228

Il y a plus de choses dans le ciel et la terre, Horatio, qu’il est rêvé dans votre philosophie.

Je n’avais jamais commencé d’article par une citation de Shakespeare (Hamlet, Acte I, Scene V). Voilà qui est fait. La raison, la voici :

Photo : T. A. Rector/University of Alaska Anchorage, H. Schweiker/WIYN and NOAO/AURA/NSF

Vous admirez la “Nébuleuse Bulle de Savon” (PN G75.5+1.7 pour les intimes) découverte il y a trois ans par Dave Jurasevich à l’observatoire du Mont Wilson et indépendamment par Keith B Quattrocchi et Mel Helm, des astronomes amateurs bien équipés.

Cette bulle parfaitement sphérique de 5 années lumières de diamètre a été expulsée il y a 22 000 ans d’une étoile de la constellation du Cygne qui a eu un hoquet nucléaire. Lorsqu’une étoile épuise son hydrogène et s’étouffe dans l’hélium qu’elle a produit, elle s’éteint brièvement, s’effondre en se comprimant et se réchauffant. Si elle est assez lourde pour que la fusion de l’hélium s’amorce, elle se rallume. Une fois l’hélium fusionné en carbone et oxygène, elle s’éteint à nouveau. Si l’étoile est très massive, elle peut encore enchainer plusieurs cycles de plus en plus rapides et terminer son existence dans une spectaculaire supernova, mais beaucoup d’étoiles deviennent des naines blanches après la fusion de l’hélium, éjectant leurs couches externes dans l’espace, formant des nébuleuses (dite “planétaires” pour des raisons historiques). Mais il est très rare qu’elles aient une forme aussi parfaitement sphérique (sur 1500, je crois qu’il n’y en a qu’une seule autre : Abell 39)

Comment colore-t-on les photo d’astronomie?

Parlons maintenant des jolies couleurs bleu-orange de la photo. En fait elles n’existent pas. La photo originale de Dave Jurasevich est celle-ci:

Elle a été obtenue avec un temps de pose d’une demi-heure. On comprend pourquoi cette nébuleuse n’a pas été détectée plus tôt : elle est extrêmement peu lumineuse. Et on n’y distingue pas la moindre couleur pour la simple raison que les capteurs CCD sont par nature “noir et blanc”, ou plutôt détectent la lumière de toutes les couleurs . Nos appareils photo utilisent des “filtres de Bayer” qui colorient un pixel sur 4 en rouge, un autre en bleu, et les deux restants en vert parce que notre œil est plus sensible dans le vert, mais les couleurs du ciel nocturne sont bien différentes de celles de nos photos de vacances, donc il serait dommage d’atténuer la faible lumière céleste en la filtrant par des couleurs terrestres.

Les “couleurs” des astres chauds sont formées de raies spectrales typiques des éléments qui les composent, ce qui permet d’ailleurs de déterminer leur composition par spectroscopie. Par conséquent, les “bonnes” couleurs à filtrer en photographie astronomique sont celles des raies d’émission des atomes que l’on suppose être présents dans l’objet observé. L’hydrogène, élément de très loin le plus abondant dans les étoiles est un bon candidat, et en particulier sa raie H-α, qui correspond à un rouge vif. Pour notre nébuleuse, la raie de l’Oxygène III, dans le vert, s’est révélée un bon choix pour mettre en évidence la “bulle de savon”.

Les clichés pris successivement avec un filtre pour H-α et un filtre O-III sont différents, mais toujours en noir et blanc. Il faut bien comprendre qu’ils ne représentent qu’une toute petite partie de la lumière reçue, dans deux “couleurs” judicieusement choisies pour obtenir un contraste maximum parce que les “vraies couleurs” sont pratiquement indiscernables à l’œil.

L’équipe du télescope Mayall à Kitt Peak a choisi de combiner les clichés en attribuant une couleur orange à H-α et bleue à O-III pour faire plus joli, alors que Keith B Quattrocchi et Mel Helm ont choisi des couleurs violettes et vertes, ajoutant même un troisième filtre pour le Soufre-II.

De plus ils sont plus explicites sur la technique utilisée: ils ont pris au total 21 clichés de 20 minutes d’exposition, soit 7 heures pour chacun des 3 filtres. Les clichés ont été superposés avec CCD Stack, et MaxIm DL, puis un peu PhotoShopés quand même.

Voilà, votre nouveau fond d’écran astronomique est disponible en deux couleurs, et vous savez pourquoi.

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>> Article initialement publié sur le Blog de Dr Goulu, un blog du C@fé des sciences

>> Illustration FlickR CC-by-nc Rusty Mayhew

Retrouvez tous nos articles de la Une astronomie sur OWNI (Image de Une CC Elsa Secco)

- “L’astronomie amateur, la science populaire n’est pas qu’un loisir!

- “Sous deux soleils exactement

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