OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Le Data-journalism notre religion http://owni.fr/2011/08/30/le-datajournalisme-notre-religion/ http://owni.fr/2011/08/30/le-datajournalisme-notre-religion/#comments Tue, 30 Aug 2011 09:56:39 +0000 Pirhoo http://owni.fr/?p=77431 À l’opposé des intentions de la presse d’opinion, celle qui dicte une manière de penser le monde, une nouvelle presse émerge, désireuse de transmettre toutes les données susceptibles de lire le monde différemment, de nourrir toutes les pensées critiques, sans tenter d’en imposer une. Pour cette presse-là, le journalisme de données (ou Data Journalism à l’anglo-saxonne) s’apparente à une nouvelle profession de foi. Pirhoo est l’un de ces apôtres.
Voici sa parole
.

Ce texte représente un retour d’expérience sur les caractéristiques très précises du Data Journalism, ou journalisme de données. Pour commencer, la première partie de cet article s’adresse aux développeurs – mais ne partez pas, je serai doux. Vous vous en doutez peut-être déjà, il ne suffit pas de savoir coder pour faire du Data Journalism dans de bonnes conditions. Outre des techniques, certes singulières et indispensables, en visualisation de données et data-mining, le développeur qui veut se frotter aux journalistes doit avant tout recueillir des qualités humaines auxquelles son métier ne l’a pas préparé.

1. Tous les sujets sont différents, soyez curieux !

On le sait, par nature, développer nécessite d’être curieux : il faut en permanence recycler ses techniques et ses connaissances. De sujet en sujet, les journalistes ont eux aussi, à leur manière, une telle “contrainte”. De fait, il va falloir trouver une sorte d’équilibre lorsque vous allez vous intéresser à l’objet de vos applications. Il y a des objectifs capitaux lorsque on travaille sur un tel projet : rendre claire une donnée obscure, soutenir un angle car une application ne se suffit pas à elle-même et enfin, raconter une histoire avec tout ce qu’on a rassemblé.

Pour atteindre ces objectifs, ne faites pas de détour : il faut jouer le jeu à fond, ne pas faire semblant, se plonger corps et âme dans votre sujet. Si votre discours s’adapte à celui des journalistes, par continuité il s’adaptera avec celui des utilisateurs. Le meilleur moyen de parvenir à une telle adaptation et de comprendre tous les enjeux d’un sujet et offrir les réponses aux questions que vous vous êtes d’abord posées. Mettre en ordre les choses pour que le lecteur comprenne, c’est déjà en grande partie le rôle des journalistes. Soyez complémentaires. Ce n’est pas parce qu’un designer va faire un beau dessin et que vous allez faire clignoter des panneaux que le problème sera plus clair. L’utilisateur n’en sait jamais assez, si vous n’êtes pas assez didactique, votre application ne sera qu’une source d’interrogations supplémentaires.

2. Ne faites pas qu’exécuter, proposez

Oui, c’est vrai, ils adorent s’écouter parler. Mais les journalistes sont aussi des animaux très attentifs, qui savent poser les bonnes questions et construire du neuf avec vos réponses. Et comme le spécialiste de la data, c’est vous, vous allez avoir des choses à raconter. Non seulement lorsque vous aurez une idée, avant même d’en parler, vous saurez déjà s’il est possible de la réaliser, mais en plus, votre motivation n’en sera que plus grande. Les designers et les journalistes ne s’en rendront jamais compte, vous avez été mieux formés qu’eux pour répondre aux besoins de l’utilisateur.

Quand les journalistes racontent une histoire, les designers l’illustrent et l’animent. Vous avez toutes les qualités nécessaires pour faire en sorte que vos applications reprennent au mieux cette histoire. Les uns pensent narrations, vous pensez utilisation. L’enjeu de ces travaux est souvent de vulgariser un sujet (ou des données) par nature complexe(s). Vous avez toute la légitimité nécessaire pour vous imposer (souvenez vous UML, Merise, etc, tout ça c’est pas rien).

3. Préparez-vous à apprendre

Lorsque vous faites du Data Journalism, la dynamique des projets est telle que vous allez côtoyer un nombre exponentiel de technologies différentes. Il n’y a pas 1000 façons de positionner des points sur une carte, il y a cependant une quantité infinie de raconter quelque chose avec ces données. Diversifiez vos compétences et vos applications seront de plus en plus abouties et riches. Ne vous contentez pas (par exemple) de Highcharts pour faire des jolis graphiques. Cette librairie est magique mais vous limiter à seulement quelques outils dans vos manches, ce serait comme contraindre un peintre à n’utiliser que du noir et blanc. Il aura le temps de se lasser avant de lasser son public.

4. Sortez des clichés

J’ai très souvent été confronté à une situation assez clichée : journalistes et développeurs dans des pièces séparées, ces derniers étant vus comme des êtres d’un autre monde. Comment diable leur association pourrait-elle fonctionner ? Le développeur n’est pas un prestataire de service. Pour faire bonne recette, il faut créer les conditions favorables à une collaboration horizontale, briser les murs, se mélanger. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il est nécessaire que tous les membres d’un projet de Data Journalism signent leur travail. Ce n’est pas juste pour que Maman voie votre nom dans les crédits, c’est avant tout pour rétablir un certain niveau d’égalité, même illusoire (les développeurs sont bien meilleurs of course).

À partir de maintenant, développer dans son coin sans jamais communiquer autrement que par email, c’est fini. Ne sortir que pour manger des pizzas dans une soirée Counter Strike, c’est fini. Il faudra probablement vous reproduire avec des journalistes, aussi. Adoptez leur comportement, ils adopteront le vôtre. Ce métier hybride c’est prendre ce qu’il y a de meilleur chez les uns pour le marier avec le meilleur des autres. Ce joyeux bordel doit mettre à sa manière un peu d’ordre dans le chaos.

Après avoir assommé mes congénères à grands coups de recommandations : développeurs, avant de savoir faire, sachez être ! Entre deux insultes ce sont aussi les journalistes que j’accable… J’ai en effet plus coutume d’enseigner à des journalistes qu’à des développeurs. Dès à présent, c’est donc à eux que je m’adresse.

5. Détendez-vous, tout va bien

Journalistes réactionnaires, éditorialistes venu d’un autre âge, je les vois venir. Trop sûrs d’eux pour oser remettre en question leur profession, ils sont trop nombreux à s’offusquer devant un view source. Heureusement le débat n’est plus à mener : ça ne fait plus aucun doute, les métiers de l’information n’ont qu’un avenir incertain sur le papier, il leur faut se diversifier, conquérir de nouveaux supports et en exploiter tous les potentiels. Encore aujourd’hui j’entends dire “ce n’est pas mon métier” quand je suggère à un journaliste d’apprendre la programmation. Je comprends que l’idée puisse surprendre. Mais plutôt que d’énumérer ce qui va changer, pourquoi ne pas regarder ce qui finalement ne change pas ? Vous savez mieux que moi qu’outre informer, vous devez aussi raconter. L’information dans toutes les histoires se met en scène, c’est ce que vous savez faire le mieux. C’est ce qu’on a toujours attendu des journalistes. Avec le Data Journalism et toutes les mutations liées au Web, nous n’essayons pas de vous en demander plus, juste de le faire un peu différemment.

Le support change, oui. Les techniques s’élargissent, aussi. Jamais pourtant on ne doit vous demander d’exécuter un travail de Web Agency. Toutes ces choses que vous allez apprendre (ou avez déjà apprises), c’est uniquement pour servir l’angle, la transparence et la poésie de vos articles. Ce ne sont que des outils supplémentaires pour rendre interactif un objet autrefois inerte. Une autre façon en somme de raconter une histoire.

6. Vous serez toujours moins fort que moi

Qu’il n’y ait pas d’ambiguïté entre nous, le développeur ici, c’est moi. Vous allez maîtriser de plus en plus les technologies qui définissent mon métier, toutefois, ça ne doit pas signifier que les rôles vont s’inverser. L’idée c’est que vous soyez autonome sur des pratiques de data-mining et de gestion de projet. Personne ne veut faire de vous une créature supersonique qui collectionne les casquettes. Si nous devions quantifier la somme minimale de connaissances à assimiler, je serais tenté de dire “juste assez pour que journalistes, développeurs et designers puissent se comprendre”. La grande innovation, au fond, c’est cette équipe à trois têtes. Tous ces bons conseils un peu moralisateurs n’ont lieu d’être que si l’alchimie fonctionne entre nos disciplines.

Comme je le disais précédemment, la première partie de ce guide s’adresse aux développeurs. Si vous la lisez, vous vous rendrez compte que je ne parle pratiquement que de créer les conditions favorables à un bon travail d’équipe. J’insiste lourdement car c’est finalement ce que j’ai de meilleur à vous enseigner. Il y a bien sûr quelques outils indispensables. Le plus redoutable d’entre tous n’est cependant pas logiciel, il est humain. Soignez vos relations avec les développeurs, votre passion pour rédiger des articles, ils la partagent à leur manière dans le code et la plupart des raisons qui vous poussent à aimer l’écriture peuvent s’appliquer à la programmation.

Lorsque j’étais encore étudiant en informatique, les maths occupaient une place centrale. Une place telle qu’aujourd’hui encore, certains de mes collègues ne savent pas concevoir un algorithme sans se passer d’une équation. Je me suis toujours tenu à l’écart de ce prédicat et le Data Journalism en est l’image quasi inverse. L’informatique repose sur des calculs fondamentaux (“computer” en anglais signifie littéralement “calculateur”) toutefois je conçois plus la programmation comme une forme de littérature. Nous avons des figures de style, chaque programmeur a une empreinte qui lui est propre, nous avons une syntaxe à respecter et lorsque nous énonçons un problème ou sa solution par l’algorithmique, nous sommes confrontés à des problématiques proches de celles de la narration. Laissez-vous convaincre que nos métiers ne sont pas si différents.

7. Donnez-vous les moyens d’évoluer

Jean-Marc Manach, qui est un collègue et ami, m’a toujours beaucoup intrigué. Il me semble important de le citer dans cet article car j’ai eu la chance collaborer de nombreuses fois avec lui et c’est un symbole fort du Data Journalism. Dire que Jean-Marc est un journaliste équivaut à dire que Rocco Siffredi est un acteur : ce n’est qu’une part infime de la vérité… C’est un électron libre, un élément perturbateur qui va pousser sa discipline dans ses retranchements pour lui permettre d’évoluer. Lorsqu’un site gouvernemental dissimule brusquement des photos qui étaient publiques auparavant, Jean-Marc va fouiller dans le code HTML dudit site pour y trouver des pistes, tester des combinaisons dans l’URL et utiliser un tableur Excel pour web scrapper l’objet de son enquête. Il ne fait usage d’aucune technique compliquée, pas besoin d’avoir un diplôme en ingénierie informatique, c’est purement et simplement une démonstration de hacking. Jean-Marc est un journaliste-hackeur, il bricole, cherche en tâtonnant et ses résultats sont parfois surprenants.

Cet exemple nous dit quelque chose de très important : le journalisme de données est une discipline pour gens curieux. C’est ça, l’essence même du Data Journalism. Cette condition est indispensable à la pratique sur le terrain. C’est en allant fouiller les recoins d’Internet que vous allez le plus apprendre car c’est ainsi que vous allez vous heurter aux problématiques du métier comme le discernement des données et toute la complexité parfois pour les récupérer. On peut dire que c’est un métier de bricoleur, de Data Nerd. C’est probablement l’une de ces caractéristiques les plus importantes, la négliger serait une erreur.

~

Il ne vous reste plus qu’à vous mettre au travail. Trouvez des développeurs, trouvez des designers, trouvez des sujets, même complexes. Si vous parvenez à créer une application qui raconte une histoire et vient soutenir l’angle de votre article, alors vous pourrez vous vanter d’avoir fait du Data Journalism en bonne et due forme.

Ressources

  • Envie de s’attaquer directement à la pratique et au code ? Je vous recommande l’excellent Site Du Zéro qui depuis 10 ans est une source abyssale de bons tutoriels. Comme son nom l’indique, aucun pré-requis n’est nécessaire (HTML et PHP sont de bon choix pour débuter ;).
  • Trouver des jeux de données ? Rien de plus facile, le Web regorge de ressources telles que DataPublica (repository), Buzzdata (réseau social de la data) et certains tags sur Delicious sont de vraies mines d’or (comme ddj, API ou data). N’oubliez pas non plus que si les gouvernements attendent parfois certaines initiatives pour mettre leurs données en ligne, certaines sont publiques, il suffit simplement de les leur demander gentiment.


Article publié initialement sur l’Oeil du Pirate en deux parties sous le titre Data-journalism : par où commencer ? (1) et Partie (2)

Illustration Flickr CC Paternité blprnt_van

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Si vous vous intéressez aux médias, vous deviez être au Wif 2010 http://owni.fr/2010/06/07/si-vous-vous-interessez-aux-medias-vous-deviez-etre-au-wif-2010/ http://owni.fr/2010/06/07/si-vous-vous-interessez-aux-medias-vous-deviez-etre-au-wif-2010/#comments Mon, 07 Jun 2010 10:19:50 +0000 Caroline Goulard http://owni.fr/?p=17649 Mutations sociales, transformation des usages, tendances technologiques, nouveaux supports… tout cela a bouillonné sous le couvercle de la « soucoupe » qui accueillait le WIF (Webdesign International Festival). Et bien que n’étant ni graphiste, ni web-designer et encore moins développeur, j’y ai trouvé plein d’idées pour enrichir le débat sur l’avenir de l’information en ligne.

Un constat partagé : l’ « informationoverload »

Il faut savoir se plonger dans le flux...

Un grand nombre de conférenciers sont partis du même constat : nous vivons à l’ère du chaos informationnel. Avec la multiplication des sites web et de supports de consultation nous devons faire face à une surcharge informationnelle et étayer les soubassements d’une nouvelle économie de l’attention.

La problématique n’est pas nouvelle. Alvin Toefler y réfléchissait déjà dans les années 50, et Diderot même avait pris conscience au 18e siècle que l’on ne pourrait bientôt plus embrasser tout le savoir disponible.

Mais les réponses apportées, elles, changent.

Du designer interactif Benoit Drouillat à l’entrepreneur Jean-Noël Portugal en passant par le designer d’information Olivier Marcellin, la sémiologue Nicole Pigner, le spécialiste des jeux vidéos Sébastien Genvo, le designer d’interaction Antoine Visonneau et le fondateur de la licence Web-journalisme de l’Université de Metz Arnaud Mercier, tous ont, à leur façon, tenté de répondre à la question : « comment naviguer aujourd’hui dans la sur-information ? »


Adapter le design de l’information au potentiel interactif du web

Benoit Drouillat et Olivier Marcellin ont attaqué le problème par le design de l’information. Ils partent du constat que les sites d’information sont souvent mal conçus car leur mode d’organisation est directement hérité du journal papier : de longues pages pensées de manière verticale et figée, débordant d’information et de signaux, nécessitant parfois jusqu’à 8 scrolls pour être parcourues en entier. L’horizontalité n’y est pas exploitée, alors que nos écrans sont tous plus larges que haut ; les pages y sont statiques, se privant ainsi du potentiel interactif de nos supports de consultation.

Pour redonner au visiteur la maîtrise de son information, il faut adopter de nouveaux modes d’organisation. Permettre à l’internaute de sélectionner, de personnaliser, de gérer l’espace, de participer manuellement à l’organisation de la page d’accueil peut ainsi l’aider à gérer la densité informationnelle

La page d’accueil de CNN présente par exemple des onglets rétractables, que l’internaute peut ouvrir ou fermer à sa guise. Le Times Skimmer du New York Times a été construit comme un outil de consultation de l’information qui donne à l’internaute un rôle actif.

Là où l’empilement chronologique de blocs de texte donne une impression figée, ces nouvelles formes de présentation de l’information engagent l’internaute, l’amène à s’approprier son information.

L’internaute peut aussi être mis à contribution dans le design de l’information via les algorithmes sociaux. Le Guardian a ainsi crée une page d’accueil alternative, appelée Zeigeist, où les articles sont organisés selon l’activité sociale qu’ils ont générée.

Ces nouveaux modes de présentation de l’information favorisent aussi la sérendipité, l’exploration aléatoire des contenus.

Le plaisir de l’interaction entre l’usager et l’interface d’information

Deuxième clé d’entrée : les interfaces hommes-machines. Le numérique a fragmenté les pratiques de lecture entre une multitude de supports. Même la Wii permet aujourd’hui de consulter l’actualité. Il faut y voir une formidable opportunité de renouveler l’expérience de consultation de l’information.

En effet, Nicole Pignier nous apprend qu’entre l’usager et l’interface de consultation de l’information, il y a une vraie histoire d’amour. L’intuitivité des objets, leur interfaces tactiles, leur esthétique, déterminent la convivialité de nos objets d’information. La sémioticienne explique que la situation de proximité entre l’individu et l’objet est ressentie par la plupart des usagers comme une interaction nécessitant un investissement affectif et mental.

Lorsque le corps de l’Homme et la Machine deviennent partenaires d’une interaction partagée, une relation symbiotique se met en place. L’expérience de consultation d’information peut alors générer un plaisir proche de l’esthésie, qui provient du parfait ajustement du corps à l’apparail, et du sentiment pour un sujet d’être présent à l’objet, de l’apprécier.

Cette symbiose de l’utilisateur avec son support de consultation d’information peut favoriser des pratiques de lecture immersive, à l’opposé des pratiques de zapping, elle engage l’attention du lecteur.

Les contenus riches et un traitement rich-media

A l’opposé des pratiques de « canon à dépêche », Benoit Drouillat et Olivier Marcellin recommandent d’aller vers des contenus riches, susceptibles de créer des expériences d’information marquantes, différenciantes. Ils y voient une solution pour fidéliser les visiteurs d’un site et les inciter à y revenir plutôt qu’à en exporter les flux RSS.

(Les slides de la présentation de leur présentation sont disponibles sur le site de Benoit Drouillat)

Arnaud Mercier partage ce constat et met l’accent sur la formation des journalistes : ces derniers doivent désormais être polyvalents pour pouvoir manier le traitement rich-media, ils doivent être créatif et inventif, jongler d’une vidéo à un reportage séquencé, penser à décomposer une action en plan, savoir intégrer de la photo dans des supports mouvants ou animés, réaliser un montage sonore, etc.

Trop d'info tue l'info

La dataviz et la visualisation de l’information

Pour Antoine Visonneau, une des principales préoccupation des internautes est « s’y repérer ». Pour capter l’attention des visiteurs et les empêcher de quitter le site au premier clic, il invoque le pouvoir de la visualisation de l’information. Pour ce designer d’interaction, la visualisation est « la clé de l’illumination », les ordinateurs changent le monde car ils rendent la visualisation de données plus facile. Grâce à la visualisation de l’information, couplée à la puissance de calcul de nos machines, il devient possible d’extraire du sens à partir d’une situation chaotique de déluge informationnel.

D’ailleurs, Antoine Visonneau ancre sa définition de la visualisation dans la cybernétique : la visualisation partage des racines avec le mot « gouvernail », elle aide à gouverner en véhiculant du sens.

Arnaud Mercier entend lui aussi intégrer les problématiques de dataviz dans sa toute jeune licence Web-journalisme à Metz. Infographies interactives, cartes personnalisables, CAR (computer assisted reporting) : la ressource informatique est ici utilisée pour produire des contenus inédits mettant en scène de faon conviviale et attractive des données rébarbatives. D’ailleurs, il a annoncé la création prochaine d’une plateforme de visualisation de données au sein de l’Université de Metz.

Le news-gaming et l’expérience des possibles

Dernière approche, et sans doute la plus déroutante, Sébastien Genvo a démontré comment le news-gaming pouvait enrichir l’expérience de consommation d’information.

Les news games (ou jeux d’actualité) emploient les codes du jeu vidéo pour mettre en scène l’actualité de façon ludique. Ils peuvent se présenter sous forme de quizz, de mise en situation dans un évènement d’actualité, de jeux de rôle dans la peau d’un protagoniste, ou de paris sur l’actualité future.

Le site PlayTheNewsGame.com en donne un bon aperçu. Le news gaming doit permettre de tirer les expériences du jeu vidéo pour délivrer de l’information de façon pertinente, pour que les contenus présentés fassent sens et attirent l’attention de l’interlocuteur. Le New York Times avait ainsi développé un jeu mensuel, qui visait à mieux faire comprendre comment fonctionne la Food and Drug Administration aux Etats-Unis en permettant aux joueurs de s’essayer à gérer des flux de nourriture.

Sébastien Genvo part d’un constat évident : dans les journaux papier les casse-tête et autres mots croisés ont toujours été un formidable point d’entrée vers les articles.

A la différence de la presse, de la télé ou de la radio, le jeu est le seul média basé sur la stimulation de l’imagination plutôt que sur la représentation. L’attractivité des jeux, et leur particularité, résident dans la confrontation à  l’incertitude : jouer, c’est faire l’expérience des possibles. Pour que le jeu soit stimulant, le résultat doit être incertain. Sébastien Genvo y voit une caractéristique partagée par l’information. La valeur de l’information, comme celle du jeu, se mesure à l’aune de son incertitude, de son imprévisibilité. L’adage veut que les trains à l’heure n’intéresse personne. De même une situation totalement prédictible n’a aucun intérêt, elle ne génère aucune « news ».

Pour cet ancien game designer, rehausser la valeur de l’information suppose de faire l’expérience des possibles, de ce qui est en puissance dans l’information journalistique, grâce au jeu.

Imagine, test, lance et échoue

Pour finir, je vous propose les quelques mots de conclusion de Jean-Noël Portugal, entrepreneur, consultant, et professionnel des médias, qui intervenait sur les modèles économiques du web :

« Imagine, try, release, fail. But fail fast, modify and succeed »

Ses conseils s’adressaient aux start-up web, mais il me semble que les entreprises medias feraient bien de s’en inspirer également.

Illustrations CC Flickr par verbeeldingskr8 et John McNab

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Fabrique du datajournalism #2 : nous sommes prêts! http://owni.fr/2010/06/01/fabrique-du-datajournalism-2-nous-sommes-prets/ http://owni.fr/2010/06/01/fabrique-du-datajournalism-2-nous-sommes-prets/#comments Tue, 01 Jun 2010 10:24:53 +0000 Caroline Goulard http://owni.fr/?p=17125 Now, it’s on !

Un développeur, un statisticien et une graphiste : l’équipe datajournalisme d’OWNI a subitement pris de l’ampleur ce matin.

Premier test pour les new-comers de la soucoupe : après une rapide mise au parfum sur l’actualité de la semaine, trois sujets ont été retenus – le blocus israélien à Gaza, Roland-Garros et le sommet Afrique-France – et les huit datajournalistes mobilisés ont eu quinze minutes pour produire un mini-cahier des charges pour chaque projet.

Quatre heures plus tard, sur les écrans de l’open space, on pouvait voir :

-Un défilé de cartes, « France à quelle Afrique tu parles ? » : pour chaque sommet Afrique-France depuis 1973, quels étaient les pays représentés par leurs chefs d’États ? Quelle carte de l’Afrique ces données dessinent-elles ? Une visualisation en forme d’archipel à géométrie variable, en fonction de l’évolution des relations diplomatiques.

-Une infographie interactive liée à une base de données interrogeable sur les pays vainqueurs de Roland-Garros, de Wimbledon, de l’Open d’Australie et de l’US Open, par épreuve, et depuis 1990 : quelle est la couleur nationale du podium ? Quels sont les pays qui ont émergé dans le monde du tennis ces derniers années ?  Quels sont ceux qui sont sortis des palmarès ? Une visualisation avec des petites balles de tennis, déclinable à l’envie avec des ballons de basket, de foot, de baseball, etc., et les statistiques qui vont avec.

-Une visualisation sous forme de jeu de l’oie : comment traiter de façon ludique un sujet critique, avec le parcours de deux habitants de Gaza : Talal, l’entrepreneur, et Ahmad, le fonctionnaire : prix des clopes, accidents sanitaires, marché noir, taxes du Hamas, bakchich pour arriver à bon port, etc.

La fabrique du data #2 se poursuit par un passage en revue des projets dans les cartons.

@martin_u: motivé comme jamais sur ce genre de projet

Les projets déjà réalisés à améliorer

« Authentique ou retouchée » : côté développement : une V2 sur les rails, et côté éditorial une traduction geek-français et français-anglais à prévoir. Ce widget attire toujours plus de 1.000 utilisateurs par mois, assez pour qu’il deviennent intéressant de le doter d’un vrai petit écrin avec une url dédiée, et des fonctionnalités spécialement pensées pour les journalistes qui ont besoin de vérifier la provenance de photos crowdsourcées.

« Où je vote » : les élections sont passées, mais le crowdsourcing continue, 75% des données sont désormais qualifiées, un bel effort qui mérite d’être salué.

« Lycées.eu » : moins de quinze personnes ont utilisé cette application. Nous réfléchissons à la façon de la relancer car l’outil est potentiellement riche.

« La crise grecque en datajournalisme » : un vrai succès qui nous a donné l’idée de lancé une Data TV, sous forme de rendez-vous hebdomadaire de décryptage de gros volumes de données grâce aux gadgets Google Motion Charts. Qu’en pensez-vous ?

Les projets dans les tiroirs

« Le media ring » : le moins qu’on puisse dire, c’est que l’équipe ne manque d’idées pour questionner la popularité de nos médias dans les réseaux sociaux. Façon combat de boxe, avec une petite application où l’on pourrait réunir virtuellement les équipes de supporters-followers-Ilikers et vérifier… laquelle a la plus grosse. Façon widget pour site d’information : nous aimerions ajouter quelques stats au dessus des traditionnels boutons « partager sur Facebook », « partager sur Twitter », etc. Et si on se met à rêver, on pourrait même vous proposer une application Amazon-like du style « les lecteurs qui ont twitté cet article ont aussi twitté celui là » : merveilleux pour mettre en valeur des archives et capt(iv)er les lecteurs sur un site.

« Éoliennes » : Christine Tréguier, journaliste à Politis, mène depuis plus d’un mois une enquête sur le prix de l’énergie selon ses différents modes de production. Nous nous apprêtons à illuminer son travail par quelques visualisations. Le résultat sort bientôt sur OWNI.

« La vie en prison vue par les données » : projet un peu laissé de côté par manque de matériau, nous comptons le relancer sous forme de web-docu.

Les nouveaux projets

« Appli vélib cassés » : vous n’avez qu’à prendre en photo un vélib cassé ou une station vide, nous agrégeons les données pour vous fournir une carte en temps réel de l’état des vélos et du réseau à Paris.

« Clean your Facebook » : une petite appli pour nettoyer les photos où vous avez été taggués, vos updates de statuts et autres wall-plaisanteries, ça vous tenterait ? Le droit à l’oubli, ça vous intéresse ?

« Les liens entre les hautes sphères du CAC 40 » : la très chouette visu d’Alternative Eco nous a donné plein d’idées : nous aimerions réaliser un graph relationnel des liens entre les membres du CAC 40 : écoles fréquentées, rémunération, présences dans les conseils d’administration, etc.

« Visualiser les subventions versées par le conseil régional d’Île-de-France » : l’article de H16 nous a mis l’eau à la bouche, on reviendra dessus avec de la visu.

« La réforme des retraites en visu » : plusieurs problématiques nous semblent pertinentes : scénario de réforme des retraites en France, comparaison entre l’âge légal de départ à la retraite et l’âge réel, panorama européen des systèmes de retraite, etc. Les données ne manquent pas, nous cherchons un partenaire pour nous aider à avoir un regard « clair » sur la situation.

« Presse papier vs presse sur le web : quel circuit de distribution ? » : une infographie montrant le trajet d’un article depuis sa conception par une entreprise de presse jusqu’à son appropriation par un lecteur, sur le papier et sur le web. Notre idée est de démontrer que le web peut décupler vos contacts avec votre public.

« Les Big Brother Awards : découvrez-les par les données » : nous avons un magnifique projet d’interface pour les archives des Big Brother Award : une visualisation de plusieurs centaines de dossiers sous forme d’éco-système navigable par thème et par acteur. A l’arrivée, une visualisation capable de raconter l’évolution de la société de surveillance en France.

« La carte des morts aux frontières » : 3.700 points à placer sur une à partir de ce très riche document. Histoire de traiter de sujets importants pour nous, et pas foncièrement LOL.

Et bien sûr, puisque la soucoupe n’a pas embarqué que des datajournalistes, nous vous préparons des dossiers, des analyses et des archives pour agrémenter tous ces projets.

Il ne vous reste plus qu’à guetter les retombées de cette riche journée sur les pages d’Owni.fr, ou ailleurs.

Vous êtes journaliste, développeur ou graphiste, et vous avez des idées de visualisation autour de base de données interrogeables ? N’hésitez pas à nous contacter (contact[at]owni.fr)

Vous faites partie d’un média et souhaitez coproduire l’un de ces projets ou une autre coproduction? Contactez-nous (contact[at]owni.fr) !

Illustrations CC Flickr par Extra Ketchup

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La datavolution est-elle possible? http://owni.fr/2010/05/30/la-datavolution-est-elle-possible/ http://owni.fr/2010/05/30/la-datavolution-est-elle-possible/#comments Sun, 30 May 2010 16:34:41 +0000 Gilles Babinet (trad. Nicolas Kayser-Bril) http://owni.fr/?p=16841 Il semblerait qu’une grande partie de la population pense que les données sont loin d’être devenues accessibles à tous. Les données les plus intéressantes seraient cachées dans des datacenters très protégés. L’argument ultime est que même si les données étaient disponibles, rien n’indique qu’elles seraient utilisées par tous.

Ces arguments sont en partie vrais. Nous les avons résumés en listant les principaux nœuds restant à défaire avant que l’on assiste à une véritable appropriation des données par le grand public, et à leur utilisation par le plus grand nombre.

1. Trouver un standard commun

Les données sont encore stockées dans une foultitude de formats différents. Des essais ont déjà été faits pour standardiser les données dans des formats communs, mais le moins que l’on puisse dire est que ces efforts n’ont encore rien donné.

Résultat : quiconque veut utiliser des données doit d’abord les reformater pour son usage personnel. Ca fait partie du boulot que fait data.gov, entre autres. On a plusieurs raisons d’être optimistes. Non pas que les données vont devenir standardisées, mais plutôt qu’on dispose de plus en plus d’outils nous permettant de passer d’un format à l’autre automatiquement.

Sur un autre sujet, et contrairement aux idées reçues, les données sont largement disponibles. On peut avoir accès à tout types de données sur la circulation, la météo, la pollution, la population, les exportations/importations de marchandises, l’énergie etc. Sur ce sujet, lisez l’article The Data Deluge de The Economist.

2. Faciliter l’accès aux données

Bien qu’il y ait des quantités quasi-illimitées de données sur le web, les trouver n’est jamais facile. Il n’y a pas de véritable moteur de recherche ou de ‘supermarché de la donnée’ pour les indexer ou les entreposer. Quelques initiatives, la plus connue étant data.gov, tentent de résoudre le problème, mais on n’a toujours pas de Datapedia.

3. Rendre les données divertissantes

La donnée, c’est souvent ennuyeux. Rechercher ses amis sur Google ou Twitter reste beaucoup plus divertissant. Très peu de gens passent leurs weekends à jouer avec des séries de données sur Excel. Pour que chacun puisse jouer avec des données, on a besoin d’interfaces très faciles à utiliser, qui devront plaire tout autant à notre cerveau droit (l’émotionnel) qu’au gauche (le rationnel).

Ca veut dire que de nouveaux outils doivent faire leur apparition, et qu’ils soient révolutionnaires par rapport à ce qui existe aujourd’hui. Surtout, ça signifie que l’ère des données sur tableur doit se finir, pour être remplacée par celles des données visualisées, ou, en d’autres termes, à une ère de représentation graphique.

Many Eyes, une première étape pour jouer avec les données. Ci dessus, une visualisation interactive de la répartition de l'aide US.

Surmonter ces trois obstacles est indispensable si l’on veut que les données soient au cœur de la prochaine révolution internet. Cette évolution nécessiterait aussi que les données soient plus acceptées culturellement parlant, c’est-à-dire que nous comprenions que ce n’est pas parce qu’une information est dans une base de données qu’elle est nécessairement difficile à comparer ou utiliser. Il serait urgent de s’attaquer à ce problème, et nous sommes confiant qu’il sera résolu très bientôt.

Billet initialement publié chez Captaindash

Photo CC designbyfront et l e o j

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La Fabrique du Data #2 http://owni.fr/2010/05/25/la-fabrique-du-data-2/ http://owni.fr/2010/05/25/la-fabrique-du-data-2/#comments Tue, 25 May 2010 12:53:48 +0000 Nicolas Kayser-Bril http://owni.fr/?p=16528 Le 16 mars dernier, la soucoupe était pleine à craquer de beaux jeunes gens aux yeux brillants, pleins de projets, réunis pour La Fabrique du Datajournalisme #1. Depuis, l’équipe datajournalisme s’est étoffée, 5 personnes y travaillant désormais à plein temps.

Lundi prochain (31 mai), nous organisons la Fabrique du Data #2! La nouvelle équipe data d’Owni y préparera les prochains projets et vous invite à un Datapéro à partir de 18h au 50ter rue de Malte, Paris. Dites nous dans les commentaires, ou sur Twitter, si vous voulez en être.

Le temps pour nous de faire le point sur les projets data d’Owni.

Les projets finis

> Authentique ou retouchée?

Lancé en février, l’app permet d’utiliser les outils des informaticiens légistes pour démasquer les images retouchées par ordinateur. Malgré ses limitations, le widget attire toujours plus de 1000 utilisateurs par mois. De quoi inciter à une V2!

> Où je vote ?

Une première étape vers une carte détaillée des bureaux de votes, réalisé en collaboration avec les amis de Regards Citoyens.

> Lycées.eu

Cahier de doléances pour lycéens désireux de dénoncer la vidéosurveillance dans leurs lycées. Malgré une couverture médiatique sur lemonde.fr et Rue89 et des retours très positifs des professionnels de l’éducation, moins d’une trentaine de lycéens se sont appropriés l’application. On a beau être sur Facebook, les 15-18 ans ne sont pas si faciles à mobiliser que ça.

> Blinde ton mot de passe

Petit script adapté de How secure is my password? pour tester la solidité de son mot de passe.

> Mailicious

Consultez le nombre d’emails potentiellement piratables sur les sites de l’administration. Publié en France et en Allemagne, les lecteurs ont tiré dessus à boulets rouges, dénonçant le nombre importants de faux positifs renvoyé par l’app. La prochaine fois, il faudra qu’on explique mieux ce que peuvent et ne peuvent pas faire nos applications. Au final, les 2 applications ont réunies 30 000 utilisateurs, quasiment toutes en provenance de BugBrother, et une cinquantaine d’entre-eux ont ajouté des URL à la base de données.

> La crise grecque par le data

Petit test d’utilisation de Google Motion Charts, ou comment présenter 3000 points de données en moins de 2 minutes.  5000 vues sur YouTube, pas mal pour une après-midi de boulot.

Les projets en cours

> Media Ring

Rescapé de la Fabrique du Data #1, Media Ring permet de comparer la force de frappe des différents médias sur les réseaux sociaux.

> Éoliennes

Au sein d’un dossier sur l’énergie éolienne, OWNI propose aux utilisateurs de se mettre à la place des investisseurs et de calculer la rentabilité de leur projet de parc éolien.

> Bilan du G8

Alors que les grands pontes du G20 jouent une fois de plus à ‘qui à la plus belle cravate’ à Toronto, fin juin, OWNI fait le point sur les performances de l’intergouvernemental en analysant les données des précédents G6, G7, G8 et G20 depuis 1975.

A part les manifs, que se passe-t-il lors des sommets du G8? CC Oxfam International

> Prisons + Data + Design

Prison Valley a montré qu’on pouvait parler des prisons sans faire dans le sensationnel-voyeur. En utilisant le design et les données publiques, nous allons explorer l’univers carcéral français.

Les futurs projets

> Précarité

Sous réserve qu’on arrive à s’entendre avec les ONG qui travaillent avec les plus précaires d’entre nous, nous allons développer des solutions de gestion de base de données pour elles en échange d’un droit d’utilisation des données collectées. Ce qui nous permettra de montrer, chiffres à l’appui, la situation des précaires en France et en Europe.

> Quel Erasmus ?

En quelques questions permettant de déterminer ses préférences (Préfères tu une ville ensoleillée? Une université avec plus de filles/de mecs? Une ville pas chère?), le futur étudiant Erasmus se verra proposer les universités qui correspondent le plus à ses préférences.

> Vélibs pourris

Application mobile pour indiquer les Vélibs hors services, histoire de pouvoir construire des statistiques sur la manière dont JCDecaux rempli sa délégation de mission de service public.

Mais que fait JCDecaux? CC jbguerillot

> Facebook Cleaner

Comme on le disait le mois dernier, nous voulons redonner le contrôle aux utilisateurs de Facebook. Le but: permettre de détruire les contenus de manière facile et sélective sur son compte (sélection des contenus par type, par date etc.)

> Retraites

Vous avez tout compris les enjeux de la réforme des retraites? Bien. Pour les autres, OWNI montrera par la donnée le pourquoi du problème et le comment de la solution.

Ceux au point mort

> Index boursier personnalisé

Notre préféré lors de la première Fabrique du data, myStockIndex est quasiment dans la deadpool. Les pros de la finance (client rentable) sont déjà équipés. Ceux qui en aurait eu besoin (médias, ONG) ne sont pas assez solvable pour un projet techniquement pas évident, étant donné qu’aucune API ne permet de récupérer rapidement les historiques des cotations.

> PAC

Malgré une impressionnante base de données sur les subventions agricoles, nous n’avons pas encore décidé de la manière dont nous allons l’exploiter.

Photo CC mandiberg

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International Journalism Festival: ||”Sur Internet, you must think big” http://owni.fr/2010/04/26/perouse-internet-ijf10-think-big/ http://owni.fr/2010/04/26/perouse-internet-ijf10-think-big/#comments Mon, 26 Apr 2010 11:01:08 +0000 Marc Mentré http://owni.fr/?p=13478

Une certitude : le papier n'est pas l'avenir du journalisme

Je n’ai pu passer que deux jours au Festival International de Journalisme de Pérouse dont le programme a subi les contrecoups du « nuage de cendres islandais ». Plusieurs conférences ont dû être annulées, les intervenants n’ayant pu se déplacer, mais au final ces modifications demeurent marginales. Voici donc à chaud, les premiers enseignements que l’on peut tirer des débats auxquels j’ai assisté, sachant que je reviendrai en détails sur tout cela sur Media Trend et sur OWNI. Une journaliste amie, Federica Quaglia, racontera ici la conférence de Paul Steiger, le rédacteur en chef de Propublica.

Donc, quelques constats partagés, peu ou prou, par l’ensemble des intervenants, italiens comme étrangers, qu’ils soient ou non journalistes :

1 > la page du journalisme papier —dire maintenant print plateform—, se tourne. Et ce ne sont pas les seuls geeks où journalistes online qui le disent…

2 > le rythme de travail auquel sont soumis les journalistes professionnels conduit mécaniquement à une baisse de qualité de l’information. Seul garde-fou, l’organisation traditionnelle des salles de rédaction (trois niveaux de relecture au Financial Times, par exemple), mais pour combien de temps ?

3 > l’information est aujourd’hui le fruit d’un travail commun amateurs-professionnels.

4 > le data journalism a peut-être de beaux jours devant lui, mais les journalistes doivent passer par la case études et formation avant de prétendre utiliser et manipuler les données et autres statistiques.

5 > l’iPad ne sauvera pas l’ensemble des journaux et magazines ; c’est une niche dont seuls quelques-uns sauront profiter, et encore devront-ils respecter un « Apple way of life » très restrictif sur le plan de la liberté d’expression.

6 > le personal branding des journalistes devient un facteur stratégique, pour les sites de presse. C’est une des clés pour générer du trafic.

7 > l’information sur Internet est une commodity ; elle n’a pas ou très peu de valeur. Cette dernière se crée sur des « niches », mais aussi et surtout par le service.

8 > les barrières linguistiques sont parmi les dernières frontières à abattre sur le web. Traduction automatisée, traduction par des professionnels, par des amateurs ou systèmes mixtes, la situation évolue très rapidement. Les mainstream medias sont totalement absents de cette évolution, qui ouvre potentiellement d’immenses marchés.

9 > Sur Internet « You must think big » ; conseil d’orfèvre, car donné par le représentant de Google Italie. L’idée a été reprise dans d’autres débats : sur Internet, le marché n’est pas national.Il peut être hyperlocal, mais il est surtout mondial.

10 > la communauté est un élément fondamental pour un site. Un seul chiffre : le Huffington Post emploie plus de vingt personnes pour gérer les commentaires et la communauté!

À suivre…

Le site du Festival international de Journalisme de Pérouse est ici

Billet initialement publié sur Media Trend sous le titre #1 Pérouse: Dix premiers enseignements du Festival international de Journalisme

Photo CC Flickr Jonah G.S.

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Pour une charte des droits sur Internet (Jeff Jarvis) http://owni.fr/2010/03/30/pour-une-charte-des-droits-sur-internet-jeff-jarvis/ http://owni.fr/2010/03/30/pour-une-charte-des-droits-sur-internet-jeff-jarvis/#comments Tue, 30 Mar 2010 17:56:33 +0000 Benoit Raphaël http://owni.fr/?p=11223 739496-904681

Je relaie ici la proposition de Jeff Jarvis (auteur de “What Would Google Do“) de rédiger, à l’instar de la charte des droits de l’homme, une “charte des droits dans le cyberespace“.

Sa proposition est évidemment à discuter et à enrichir. Mais l’inscription d’une telle charte à l’Onu par exemple, permettrait d’installer un certain nombre de réalités. Et de faire comprendre qu’Internet n’étant pas juste un média, mais un accès à un réseau d’échanges d’informations, d’idées et de contenus, la protection de l’accès à ce réseau est devenue indispensable.
Pas très à la mode, ça, en ces temps troublés d’Hadopi et d’Acta.

Voici les propositions de Jeff, et mes commentaires:

1- Nous avons le droit de nous connecter

“C’est un préalable et une condition incontournable au principe de liberté d’expression: avant de pouvoir nous exprimer, nous devons pouvoir nous connecter.
Hillary Clinton définit ce droit comme “l’idée que les gouvernements ne devraient pas empêcher les citoyens de se connecter à Internet, aux sites, ou entre eux.”

En France, on voit que ce droit est sensiblement remis en cause depuis la loi Hadopi qui prévoit de couper l’accès à Internet aux internautes qui auront téléchargé illégalement des contenus. Couper Internet, c’est couper l’accès à l’information. C’est comme couper l’eau. Ajout (merci Authueil) : c’est d’ailleurs ce qu’avait exprimé le 10/06/09 le Conseil constitutionnel saisi après le vote de la loi Hadopi 1, reconnaissant ce droit fondamental (assimilé au droit à la liberté d’expression et de communication).
A l’aune de la reconnaissance de l’accès à Internet comme un droit, cette mesure sévère pose toujours la question de la proportion entre la sanction et l’infraction (si tant est qu’on ne discute pas la caractérisation même de l’infraction: pirater ou partager?).

2- Nous avons le droit de nous exprimer

“Personne ne doit pouvoir léser notre liberté d’expression. Les contraintes à cette dernière doivent être limitées au minimum.”

La question pouvant être celle-ci : les canaux de diffusion de l’info se rapprochant de plus en plus des mécanismes du peer-to-peer (d’internaute à internaute vs diffusion de masse), du privé-public, le principe de neutralité du Net doit-il nous inciter à donner plus de souplesse aux conversations sur le réseau que n’en donnent les médias ? Ou pas, tout étant public donc soumis aux mêmes règles de publication ? Ou alors, a minima, devons-nous mettre en place des règles de publication préalables à toute expression libre (une connection préalable à un forum fermé par exemple permettrait de passer de la sphère publique au “privé collectif”…) ? Ou bien doit-on tout laisser ouvert et mettre en place une charte de balisage, comme je le proposais dans mon dernier post ?

3- Nous avons le droit de nous exprimer dans nos langues.

“La domination de la langue anglaise s’est estompée au fil de l’arrivée de nouveaux langages sur le Net. Ce qui est une bonne chose. À condition que, dans cet Internet polyglotte, nous puissions bâtir des ponts entre les langues. Nous voulons parler dans nos propres langues, mais aussi nous parler entre nous.”

C’est l’un des grands enjeux de ces prochaines années. Et un levier de développement non négligeable des médias Internet notamment, dont les modèles économiques souffrent de l’étroitesse des marchés nationaux. De nouvelles technologies permettent désormais de traduire simultanément des vidéos (en analysant le texte) dans plusieurs langues. Reste à améliorer les traductions en temps réel, un peu comme cela se pratique dans les congrès, le web étant une sorte de conférence transnationale. Pour cela, il faudra s’appuyer sur les algorithmes et les communautés.

4- Nous avons le droit de nous assembler

“L’Internet nous permet de nous réunir sans passer par des organisations et de collaborer. Cette possibilité est menacée par certains régimes, autant que la liberté d’expression.”

C’est une des particularité d’Internet : la mise en réseau simultanée des données et des individus a ringardisé le mode d’organisation des associations loi 1901, jusqu’aux traditionnelles manifestations dans la rue. Plus liquides, ces capacités de réunion offertes par Internet sont à la fois plus puissantes (parce que diffuses et spontanées), mais aussi plus fragiles (moins organisées).

5- Nous avons le droit d’agir

“Ces premiers articles sont une suite : nous nous connectons pour nous exprimer et nous assembler, et nous nous assemblons pour agir, et c’est comme cela que nous allons changer le monde. Pas seulement mettre en avant les problèmes, mais se donner les moyens de les régler. Voilà ce qui menace les institutions qui voudront nous stopper.”

6- Nous avons le droit de contrôler nos données

“Vous devez pouvoir accéder aux données vous concernant. Ce qui vous appartient vous appartient. Nous voulons qu’Internet opère comme un principe de portabilité, ainsi vos informations et vos créations ne seront pas prisonnières d’un service (privé) ou d’un gouvernement, ainsi vous garderez le contrôle. Sans oublier que quand le contrôle est donné à quelqu’un, il est retiré à quelqu’un d’autre. Le diable se cache dans ces détails. Ce principe fait allusion au copyright et à ses lois, qui définissent et limitent le contrôle ou la création. Ce principe pose également la question de savoir dans quelle mesure la sagesse du peuple appartient au peuple…”

La question du contrôle des données personnelles est plus sensible aux États-Unis qu’en France où la loi “Informatique et liberté” protège les citoyens. En partie, seulement, face à la mondialisation des services sur Internet et à la complexification des échanges sur le réseau.
Plus sensible : la protection et le contrôle de nos créations. De quoi sommes nous propriétaires, que pouvons nous contrôler dans un univers d’échanges et de work in progress, où tout contenu s’enrichit de l’apport des autres ?

7- Nous avons le droit à notre propre identité

“Ce n’est pas aussi simple qu’un nom. Notre identité numérique est faite de nos noms, adresses, discours, créations, actions, connections. Notez également que dans les régimes répressifs, maintenir l’anonymat (c’est-à-dire cacher son identité) est une nécessité. Ainsi l’anonymat, avec tous ses défauts, son passif et ses trolls, doit-il également être protégé en ligne pour protéger le dissident et ceux qui dénoncent les pratiques illégales ou immorales dans leurs entreprises ou institutions. Notez enfin que ces deux articles – contrôle de nos données et de nos identités – constituent un droit à l’intimité.”

Ces deux articles font référence à la protection mais surtout au contrôle de nos données, de notre identité, de notre vie privée. Ce qui, dans un monde googlisé et facebookisé est de plus en plus délicat. Le Net est transparent, infiniment transparent, ce qui est une bonne chose pour la liberté des citoyens face aux institutions, et pour l’accès à la connaissance et à l’information, donc au pouvoir, donc à la démocratie. Mais ce peut être également terrible pour l’individu s’il n’a pas les moyens de se protéger. Toutes ces questions sont loin d’être réglées. Le risque étant qu’au nom de la protection de l’intimité, on restreigne le droit à l’information. Passionnant débat.

8- Ce qui est public est un bien public

“L’Internet est public. En effet, c’est un espace public (plus qu’un medium). Dans notre précipitation à vouloir protéger l’intimité, nous devons faire attention à ne pas restreindre la définition de ce qui est public. Ce qui est public appartient au public. Rendre privé ou secret ce qui est public sert la corruption et la tyrannie.”

C’est tout l’enjeu de la révolution qu’apporte Internet, en bousculant les frontières entre le public et le privé.
Dans quelle mesure la vie privée des hommes politiques, comme leur état de santé ou leurs liaisons, sert-elle l’information ? La question est loin d’être tranchée.

C’est également tout le débat en France sur l’ouverture des bases de données publiques aux citoyens, dont pourraient s’emparer les médias pour développer ce qu’on appelle le datajournalisme. Contrairement aux États-Unis, les données sont quasi-inaccessibles en France, ce qui constitue pour beaucoup une entrave au droit à l’information.

Mais, au-delà, cette question concerne également celle de la valeur de l’information, de sa propriété, et de ce que peuvent en faire les citoyens. À partir du moment où une information a été publiée, dans quelle mesure puis-je la reproduire pour la partager ? La pratique du partage fait partie de l’ADN d’Internet, elle bouleverse les lois du copyright. Quand les majors et les médias parlent de “copie illégale”, les internautes parlent de partage.
La généralisation du “RT” (rendu populaire par Twitter : re-tweeter, c’est à dire re-bloguer, reprendre l’info à l’identique pour la partager tout en la sourçant) va dans le sens d’une indispensable libéralisation du partage de l’information. Ce qui pose la question de la valeur de l’info et de qui la finance, si tout le monde peut la partager gratuitement.

9- L’Internet doit être construit et piloté de façon ouverte

Il doit continuer d’être construit et opéré sur la base de standards ouverts (comme HTML, PHP…). Il ne doit pas être contrôlé par aucune entreprise ou gouvernement. Il ne doit pas être taxé. C’est l’ouverture de l’Internet qui lui donne sa liberté. Et c’est cette liberté qui définit l’Internet.

Internet=liberté. Liberté=Internet. Internet est une précieuse découverte, un incroyable outil d’émancipation et de développement qui doit continuer d’être préservé.
Si les dérives que cette liberté entraîne parfois (et auto-corrige souvent) appellent à une prise de conscience collective, elles ne doivent pas justifier la prise de contrôle des échanges digitaux par un gouvernement ou un lobby. La force d’Internet est d’être un réseau, un nouvel espace, qui échappe aux individus et aux personnes morales. Son déploiement à grande vitesse pose donc continuellement la question du contrôle. Pas seulement du Net (pour les gouvernements et les entreprises), mais aussi de notre propre liberté (pour les individus).

C’est pour cela qu’avant de commencer à parler de devoirs, il faut commencer par les droits. C’est toute la vertu de la proposition de Jeff Jarvis.
Source : “A Bill of Rights in Cyberspace” (Buzzmachine)

Billet initialement publié sur Demain tous journalistes ?

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Data et députés: le modèle allemand http://owni.fr/2010/03/22/data-et-deputes-le-modele-allemand/ http://owni.fr/2010/03/22/data-et-deputes-le-modele-allemand/#comments Mon, 22 Mar 2010 15:30:06 +0000 Nicolas Kayser-Bril http://owni.fr/?p=10633 4209149129_0bcf7ce659

En 2004, un étudiant et un développeur se sont dit que ce serait bien si les candidats à l’assemblée régionale de Hambourg pouvaient répondre publiquement aux questions des électeurs sur leur programme.

Avec une conférence de presse et des bouts de ficelle, ils ont mis sur pied un site où les citoyens viennent interroger personnellement les candidats. 6 ans plus tard, le site est devenu abgeordnetenwatch.dedéputéwatch en français.

abgeordnetenwatchDésormais actif en permanence au niveau national (les internautes peuvent poser des questions tout au long de la législature) et dans 3 Länder, le site couvre toutes les élections régionales (les internautes posent leur questions aux candidats durant les mois qui mènent au vote). En tout, il a collecté plus de 150 000 questions. Plus impressionnant : les internautes ont obtenus plus de 100 000 réponses.

J’ai été interviewer Gregor Hackmack, fondateur du site, dans son bureau de Hambourg, qui m’a expliqué les clés du succès.

1. Faire venir les politiques

La classe politique n’est pas réputée pour son amour d’internet. Pourtant, l’équipe d’Abgeordnetenwatch a réussi le tour de force de les faire venir sur la plateforme – et d’y rester.

Pour cela, il leur a d’abord fallu s’assurer une audience. C’était chose faite avec un partenariat avec Spiegel Online, le principal site d’information allemand. D’autres ont suivi depuis, notamment avec le Süddeutsche Zeitung et avec le portail T-online, filiale de l’opérateur téléphonique T-mobile.

Légitimés par ces alliances avec les médias traditionnels, Abgeordnetenwatch a pu aller prospecter les politiciens. Au départ, quelques figures de la scène politique locale les ont soutenus. La plateforme permet surtout aux centaines de politiques snobés par la télé et les médias traditionnels de venir rencontrer leurs électeurs.

Au départ, l’équipe d’Abgeordnetenwatch devait appeler chaque candidat pour les convaincre d’utiliser la plateforme. Aujourd’hui, les politiques enjoignent carrément les électeurs à poser leurs questions sur le site, afin de pouvoir montrer au grand jour l’intérêt qu’ils suscitent. « Le public s’attend à ce que les députés répondent », explique Gregor.

Le meilleur indicateur du succès d’Abgeordnetenwatch.de reste la peur que le site provoque chez les politiciens les plus influents.

En 2007, un article du tabloïd Bild (12 millions de lecteurs par jour) reprend le classement des députés par jours de présence réalisé par le site et proclame Carl Eduard von Bismark “député le plus flemmard d’Allemagne”. 6 mois plus tard, il a été contraint de démissionner et de donner son indemnité de parlementaire à des organisations caritatives.

Une telle influence ne va pas sans problème pour Abgeordnetenwatch, qui se fait désormais blacklister lorsqu’il demande des subventions auprès d’organisme en lien avec des politiques. Gregor soupçonne par exemple la fondation Zeit, qui comporte plusieurs hommes et femmes politiques dans son board, d’avoir refusé de financer Abgeordnetenwatch. « Trop politique » auraient-ils dit.

2. Faire venir les électeurs

Si ce succès auprès des politiciens peut convaincre les électeurs d’utiliser la plateforme (ils y auront plus de chance d’obtenir une réponse qu’en envoyant un e-mail), Abgeordnetenwatch possède une autre valeur ajoutée.

  • Médiation entre politique et citoyen. Abgeordnetenwatch relit toutes les questions avant de les publier et fait un travail de mise en page, voire de curation.
  • Statistiques sur les députés. Le site agrège les données disponibles lors des votes publics aux parlements national et régionaux et propose l’historique de vote de chaque député ainsi qu’un classement par présence, à la votewatch.eu.
  • Rémunération des députés. Grâce à des données publiées par le Parlement, Abgeordnetenwatch peut estimer le montant des à-côtés des parlementaires.

Plus généralement, le site permet aux électeurs de connaitre leurs candidats. Le système électoral allemand est un « scrutin majoritaire uninominal et proportionnelle par compensation ». En gros, on vote une fois pour une liste nationale et une fois pour un candidat local. Problème : Personne ne connait le candidat local, la vie politique allemande étant moins organisée par fiefs qu’en France. Abgeordnetenwatch permet ainsi aux électeurs de se rapprocher de ceux qui les représentent.

Si les Français avaient la possibilité de l’interroger directement, peut-être qu’ils seraient plus de 29% à connaître le nom de leur président de région.

En 2004, les fondateurs du site voulaient rapprocher les Allemands de la démocratie. En 2010, ils estiment avoir réussi leur pari puisque plus de la moitié des utilisateurs du site n’a jamais eu de contact avec la politique.

Même en ex-RDA, où les internautes sont notoirement incompétents, le site connait un certain succès. En 2009, « super année électorale », l’Allemagne a vu 2 élections régionales à l’Ouest, 4 à l’Est, une élection européenne et une élection fédérale. A chaque fois, Abgeordnetenwatch a permis aux électeurs de poser des questions aux candidats. Résultat : les internautes de l’Est ne sont pas moins intéressés que ceux de l’Ouest, notamment en Thuringe (Leipzig).

3. Tenir la route

Toutes les bonnes intentions de l’équipe de Hambourg (3 temps pleins, quelques temps-partiels et des stagiaires) ne seraient rien si le modèle économique et technique n’était pas pérenne.

Techniquement, Abgeordnetenwatch respecte, comme Owni.fr, le ratio de 1 développeur pour chaque non-développeur. Résultat : le site est fluide et réactif.

Financièrement, le site est tout juste devenu cash-flow positive, ses revenus couvrant toutes les dépenses courantes. Le prêt initial, fourni par la fondation Bonventure (Munich) est cependant loin d’être repayé.

La diversité des sources de revenus montre le sens de l’adaptabilité d’Abgeordnetenwatch :

  • Publicité: 10%. «Ca ne paye pas,» commente Gregor. Malgré des inserts voyants gérés par Glam Media, le site ne fait pas de course à l’audience et ne pourra pas s’appuyer sur les recettes publicitaires.
  • Freemium pour les députés: 10%-50% (en fonction du nombre d’élection dans l’année). Le site propose aux députés d’afficher leur photo sur leur page. Ce service est facturé entre 175€ et 200€. 15% des candidats et des députés soutiennent le site de cette manière.
  • Dons. Si le côté politique du site les empêche d’obtenir autant de subventions publiques qu’ils le souhaiteraient, l’équipe d’Abgeordnetenwatch fait appel à la générosité des utilisateurs.
  • Vente de widgets. Le Spiegel vient d’acheter un Bundestagsradar, une application Flash qui permet de visualiser et de classer les députés. La chaîne régionale WDR en a commandé un autre pour le parlement régional de Rhénanie-Du-Nord-Westphalie.

bundestagsradar

Et le datajournalisme ?

Pour Gregor, Abgeordnetenwatch ne fait pas du journalisme. Sa valeur ajoutée n’est pas dans le traitement de l’information puisqu’il ne hiérarchise pas les réponses aux questions et qu’il ne génère pas d’informations nouvelles.

Pourtant, le site propose bien une nouvelle manière d’aborder la politique. Les médias ne s’y trompent d’ailleurs pas, puisqu’ils renvoient leurs lecteurs vers le site.

Au pays des digitale Analphabeten, espérons que le succès de ces innovateurs donnera à d’autres l’envie de prendre des risques sur le marché l’information en ligne.

> Photo d’illustration par BriYYZ sur Flickr

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Les nouveaux métiers du journalisme http://owni.fr/2010/03/09/les-nouveaux-metiers-du-journalisme/ http://owni.fr/2010/03/09/les-nouveaux-metiers-du-journalisme/#comments Tue, 09 Mar 2010 10:48:53 +0000 Nicolas Marronnier http://owni.fr/?p=9712 4317536426_64b9df34d8

Titre original :

Au Social Media Club, les nouveaux métiers du journalisme

Un débat public organisé par le Social Media Club sur les nouveaux métiers du journalisme en ligne s’est déroulée le 17 février 2010, à La Cantine, à Paris. Animé par Julien Jacob, il a suivi le format classique du Social Media Club France, à savoir une prise de parole d’environ 15 minutes pour chaque intervenant suivie d’une série de questions/réponses. Résumé de chaque intervention rédigé par le Social Media Club.

Le journalisme crowdsourceur

Jean-Luc Martin-Lagardette, journaliste pour le webzine Ouvertures, a évoqué pour nous l’expérience qu’il a menée avec le site Agoravox.

L’objectif général de sa démarche était de tenir compte de la participation du public dans l’élaboration de l’information. Cet objectif s’est traduit par la tenue d’une série d’ « enquêtes participatives », menées à l’aide de la communauté d’internautes voulant bien témoigner et contribuer à une réflexion autour d’une thématique bien précise.

Jean-Luc a évoqué la première de ces enquêtes (été 2007), qui fût sans conteste la plus enrichissante, concernant un sujet d’actualité déjà assez largement traité et qui faisait à l’époque déjà polémique sur le site : l’obligation vaccinale. Rebondissant sur un fait d’actualité (en mars 2007 une loi est passée qui durcissait les sanctions contre les réfractaires vaccinaux), il a tout d’abord écrit un premier article commentant ce projet de loi en invitant les internautes à réagir : ce durcissement était-il selon eux justifiée ?

Les commentaires n’ont pas tardé à affluer (600 contributions à date) et l’enquête fait aujourd’hui pas moins de 70 pages, épais dossier librement accessible sur le site d’Agoravox qui a donné lieu à presque 70 000 téléchargements !

La vraie richesse de cette démarche, selon Jean-Luc Martin-Lagardette, a été la réelle diversité des sources et des angles. Sur internet, les contributeurs étant tous sur un pied d’égalité, la distanciation se trouve en effet maximisée entre le journaliste et ses sources, le professionnel s’en tenant à l’information brute, au contenu, sans a priori sur celui-ci.

On peut donc entrevoir avec ce type de démarche une certaine « neutralisation » de l’avis du journaliste qui, face au grand nombre de contributions et d’avis contradictoires, a plutôt un travail de synthèse à effectuer.

Bien sûr, au fur et à mesure de la remontée des informations, Jean-Luc a mené un vrai travail d’investigation en procédant à des vérifications, à des interviews de personnes compétentes (scientifiques, responsables administratifs, associatifs), comme cela se fait dans toute enquête journalistique.

Mais le journaliste a tenu à souligner à quel point sa démarche se différenciait d’une investigation classique, la singularité de cette enquête résidant dans sa longue durée (3 mois) et dans l’utilisation de la puissance de l’outil internet en matière de mobilisation des sources.

Jean-Luc nous a en outre fait part de son regret à propos du faible relais opéré par les médias traditionnels concernant les résultats de son enquête, écho qui aurait pu permettre de lancer un réel débat sur la scène publique, d’avoir un véritable impact politique.

Enfin, il a souligné le fait qu’il lui a manqué un réel outil de gestion des contributions (documents, mails, commentaires…) pour faire face à leur nombre important et à leur diversité.

Le journalisme de données

Augustin Scalbert a pris la parole à ce sujet. Journaliste pour Rue89, il a pris ici la parole en tant qu’acteur de la campagne Libertés d’informer lancée entre autre avec ses confrères Luc Hermann et Paul Moreira. Cette campagne vise à promouvoir le vote d’une loi en faveur d’un accès plus libre à l’information en France. Concrètement, le collectif milite pour offrir aux citoyens un mécanisme de contre-pouvoir par le biais d’un accès libre aux données administratives, dans une logique de transparence.

Augustin a souligné le fait que la France est un des pays occidentaux les moins transparents en matière de mise à disposition de documents administratifs. Aux Etats-Unis, le Freedom of Information Act datant de 1966 garantit cette transparence. Le site Wiki Leaks s’est fait le spécialiste de la publication de données confidentielles outre atlantique, concernant la santé publique, le droit, ou les dépenses gouvernementales… C’est à lui que l’on doit par exemple la récente révélation du traité international ACTA qui fait craindre un filtrage généralisé du net sans passer par une autorité judiciaire.

En France, une loi de 1978 a bien donné naissance à la CADA (Commission d’Accès aux Documents Administratifs) mais celle-ci ne disposant pas d’un pouvoir d’injonction voit la moitié de ses demandes d’accès à des données sensibles tout bonnement refusée. Augustin donne comme exemples l’affaire Borel (décès suspect d’un magistrat à Djibouti), la violente répression de la manifestation algérienne du 17 octobre 1961 ou encore les retombées de la catastrophe de Tchernobyl en France comme autant de dossiers aux nombreuses zones d’ombre qu’un libre accès aux documents officiels aurait pu permettre d’éclaircir.

La CADA reste donc utile, pouvant constituer une menace en cas d’une réelle pression citoyenne sur l’administration, mais demeure un outil trop restrictif et finalement peu utilisé.

La pétition lancée par Libertés d’informer regroupe à ce jour 6000 signatures et ne dispose malheureusement que de trop faibles relais politiques. La classe dirigeante ne semble pas réaliser que rétablir un lien de confiance avec ses citoyens passe par le soutien de ce genre d’initiative.

Finalement, ce dont le mouvement Liberté d’informer est le symptôme, c’est que les journalistes et de façon plus générale les citoyens ont soif d’information brute, de données librement accessibles et exploitables, pertinentes et incontestables…

En effet, pour paraphraser Nicolas Vanbremeersch, « dans un monde d’hyper commentaires, on ne peut qu’espérer que les médiateurs de l’information s’emparent des données » pour nous fournir de l’information effective pertinente et ainsi à nouveau exercer leur rôle de contre-pouvoir.

Le journalisme coproducteur

Pierre Haski, cofondateur du site Rue89, est venu nous parler de son expérience d’un nouveau journalisme en ligne.

Il a  abordé le modèle du site en matière de production de l’information. Au départ, Rue89 reposait sur l’idée de « l’info à 3 voix », soit l’association de contributions émanant de journalistes, d’experts et d’internautes produisant de l’information séparément mais en un espace commun.

Cette méthodologie n’a pas été suivie dans les faits, le système ayant vite démontré ses limites du fait du manque de crédibilité des contributeurs amateurs et donc de la nécessité d’une validation journalistique des contenus produits.

Le modèle actuel équivaut donc plutôt à une « mise en musique » des différentes contributions, à un travail commun de production d’information.

Cette coproduction de l’information se matérialise de différentes manières. Par exemple, le site a mis en place un comité de rédaction participatif qui voit les 15 journalistes professionnels connectés en live à une centaine de chatteurs proposant des pistes de réflexion et apportant leur feedback aux idées émises par les journalistes.

Pour couvrir l’évènement au plus près et réagir rapidement aux faits d’actualité, Rue89 bénéficie des nombreux témoignages et remontées d’informations émanant d’internautes (live blogging, système d » « alertes ») et peut ainsi exploiter cette information brute afin de fournir du contenu de qualité sur son site.

Ce travail main dans la main avec la communauté des internautes permet à Rue89 de couvrir un évènement avec une rapidité jusqu’ici jamais atteinte : le site a par exemple été le premier à prendre la mesure de la grève en Guadeloupe. La presse n’en parlait pas, mais Rue89 recevait des messages indiquant des problèmes : ils ont alors mobilisé par email les habitants de l’île figurant dans leur base de données en demandant des témoignages, précieuses sources d’informations à partir desquelles les journalistes du site ont pu rédiger un article fourni sur les évènements.

Pour reprendre l’idée de Jeff Jarvis, à l’heure d’internet, l’information et donc les articles ne sont plus des produits finis mais ce sont des process en perpétuelle évolution. Sur le site, l’auteur d’un article se charge de la modération des commentaires, répond aux remarques émises et met en avant les contributions intéressantes dans une démarche de perpétuel enrichissement de la réflexion. Il arrive de ce fait que sur la base des commentaires, un second article soit rédigé pour affiner l’analyse première.

Là où les sites des journaux traditionnels se contentent d’externaliser le traitement des commentaires à des sociétés tierces, Rue89 effectue donc pour sa part un aller-retour permanent entre fondamentaux du journalisme et gestion du participatif, instaurant ainsi un vrai rapport avec le lecteur.

Le journalisme témoignage d’actualité

Philippe Checinski nous a présenté le site dont il est l’un des fondateurs : CitizenSide.

Il nous a tout d’abord rappelé que 20 000 photos sont envoyées chaque jour sur Facebook et 24h de vidéos chaque minute sur Youtube. L’idée du site est donc partie de ce constat que les internautes sont de plus en plus enclins à poster du contenu en ligne.

Le site se veut donc être une plateforme assurant l’intermédiation entre amateurs et professionnels de l’information. Le service repose sur la mise à disposition de contenu UGC aux médias qui peuvent venir piocher parmi les photos et vidéos d’actualité postées par les internautes. CitizenSide se charge de fixer le prix et de négocier la vente aux médias intéressés.

600 à 1200 photos/vidéos sont reçues chaque jour par le site. Avant toute mise en ligne, l’équipe du site effectue donc un travail de vérification du contenu. C’est là son cœur de métier, nous affirme Philippe. Cette validation repose sur une identification claire de la source (sa fiabilité, ses antécédents) et sur une expertise technique du site.

L’équipe dispose en effet de puissants outils permettant d’extraire des métadonnées de toute photo ou vidéo postée. Ces données renseignent CitizenSide sur la qualité du contenu (photo retouchée ou issue de Facebook, lieu de capture par géolocalisation…) et permettent de valider ou non une contribution.

Le site s’appuie donc sur la volonté des gens de participer à l’actualité et oeuvre ainsi à la crédibilisation du document amateur, trop souvent considéré comme peu fiable.

Le business model de CitizenSide reposait tout d’abord sur le prélèvement d’une commission sur les transactions effectuées sur le site, mais Philippe a aussi évoqué le développement d’une marque blanche vendue aux médias, avec mise à disposition de la technologie et du back-office du site. Le gratuit 20 minutes, BFM TV ou Voici comptent déjà parmi les clients.

Le cofondateur du site nous a également annoncé le lancement imminent de la plateforme EditorSide qui regroupera en un espace unique l’ensemble des contenus disponibles sur CitizenSide mais aussi sur les sites partenaires disposant de la technologie du site.

Enfin, Philippe Checinski a abordé les perspectives offertes par le développement d’applications mobiles et l’usage des techniques de géolocalisation qui en découle. On pourrait imaginer à l’avenir un système d’injonction à la contribution de « city-reporters » (aller prendre une photo ou capturer une séquence vidéo), sorte d’appel à témoins en temps réel, en fonction du lieu où se trouve chacun et des évènements qui s’y déroulent.

Le journalisme en réseau

Alexandre Piquard, journaliste sur LePost, est venu clore cette session par son témoignage.

Il nous a présenté le modèle du site, à la fois hébergeur et éditeur de contenu.

LePost rassemble en effet à la fois des contributions d’internautes (40 000 membres), des posts de blogueurs invités (30 experts) et des articles émanant de la rédaction (6 journalistes spécialisés). Chaque jour, une centaine d’articles passe en Une du site, issus de ces trois sources, et 6000 commentaires sont postés. D’où la notion de « journalisme en réseau », concept basé sur l’idée d’écosystème médiatique où différents acteurs enrichissent une même plateforme par des informations complémentaires.

La gestion de ce flux incessant d’informations est opérée par l’équipe de rédaction. Différents labels existent pour qualifier l’information et ainsi mettre en avant telle ou telle contribution. Le label « info brute » correspond aux apports des internautes non encore validés par les professionnels. Ce type d’information ne peut se retrouver en Une, au contraire des articles « info vérifiée » qui jouissent d’une visibilité accrue, au même titre que les articles des journalistes et blogueurs (« info rédaction » et « info invités »).

Faire du journalisme en réseau c’est aussi ne pas hésiter à se projeter hors de sa plateforme, insiste Alexandre. LePost se veut ainsi ouvert au microblogging produit sur les réseaux sociaux et relaie ponctuellement des « live twits » sur sa Une, en témoigne la récente couverture des débats sur la Loppsi à l’Assemblée. En outre, le site n’hésite pas à relayer du contenu issu d’autres médias et à renvoyer vers leurs sites en mettant en pratique le « journalisme de liens » cher à l’Américain Scott Karp.

Retrouvez l’actualité du Social Media Club France sur son blog : http://www.socialmediaclub.fr
Et rejoignez la communauté sur Viadeo pour échanger avec les membres autour de nos problématiques.

> Article initialement publié sur Rue89

> Illustration par Doing Media Studies sur Flickr

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http://owni.fr/2010/03/09/les-nouveaux-metiers-du-journalisme/feed/ 1
Le “data journalism” contre Albert Londres http://owni.fr/2010/02/11/le-data-journalism-contre-albert-londres/ http://owni.fr/2010/02/11/le-data-journalism-contre-albert-londres/#comments Thu, 11 Feb 2010 12:46:49 +0000 JCFeraud http://owni.fr/?p=7986 Avez-vous déjà entendu parler du “data journalism” (“journalisme de données” en version française) ? Non ? Normal. Le sujet agite beaucoup en ce moment les professionnels de la profession, suscite des contributions savantes dans les conférences sur l’avenir de la presse et sur les blogs dédiés, nourrit d’interminables discussions sur Twitter (je me tweet-clashait encore hier gentiment à ce sujet avec mon excellent confrère Eric Mettout de Lexpress.fr)…mais il reste à mon sens fortement éloigné des préoccupations réelles du lecteur. C’est pourtant la dernière tarte à la crème d’un métier en plein questionnement existentiel.
Mais de quoi parle-ton exactement ?
Le “data journalism”est une nouvelle technique journalistique très en vogue chez nos amis anglo-saxons qui consiste à collecter des masses de données complexes (chiffres, statistiques, rapports annuels…) pour en extraire des informations jugées pertinentes avant de les organiser sous la forme de jolis tableaux, graphiques et autres infographies colorées plus ou moins bien commentés… Nos confrères américains et grands-britons ne jurent plus que par cette dérive scientiste qui est un peu au journalisme ce que la police scientifique est à la maison Poulaga. A savoir un truc très efficace à la télé pour résoudre les affaires classées de “NCIS” ou “Portés disparus”, mais beaucoup moins dans la vraie vie quand il s’agit d’empêcher un braquage de fourgons blindés au lance-roquette ou une émeute dans les cités…


Deux grands évènements ont contribué l’an dernier à l’avènement de ce fameux “journalisme de données”:
1) La “libération” des données publiques décrétées en janvier 2009 par l’administration Obama avec l’ouverture du site data.gov qui permet à tout citoyen d’accéder à un catalogue de données brutes mis en ligne par le gouvernement américain. Bon courage. Car cette énorme masse de chiffres est bien sûr illisible et incompréhensible pour le profane…A moins justement qu’un bon samaritain formé aux dernières techniques de l’infographie et de la “visualisation éditorialisée” ne se saisisse de ces rébarbatives statistiques pour les traduire en jolis histogrammes et autres camemberts illustrés.

2) Mais le grand fait d’armes du “database journalism” reste évidemment la  révélation du scandale des notes de frais des parlementaires britanniques par le “Daily Telegraph” au printemps dernier. Ou comment un journal populaire a en fait obtenu un CD contenant un listing de députés indélicats en versant la coquette somme de 70 000 livres (78 734 euros) à un employé de la Chambre des communes (au passage bonjour la déontologie!). Mais en révélant ces petites et grandes turpitudes - du remboursement de la construction d’un abri de jardin pour canards au défraiement de la location de films X par monsieur mon mari – le “Telegraph” a vu ses ventes bondir de 100.000 exemplaires.
Résultat, une partie de la profession ne jure plus que par la magie du disque dur bourré de données croustillantes. Ou alors l’analyse scientifique de statistiques bien plus austères mais très parlantes. Cela donne par exemple l’été dernier un papier magistral d’Antoine Vayer dans “Libération” : “Contador : du kérosène dans les veines”
Ou comment un non journaliste et vrai spécialiste de l’effort sportif (ex-directeur de Festina) démontre par A + B  (durée de l’ascension, poids du coureur, puissance développée etc…) que la victoire du coureur au col du Verbier était humainement impossible…sans prendre un petit remontant. Reconnaissons là une belle victoire du “data journalism”. Mais de là à en faire un cas d’école et un manifeste comme le fait Nicolas Vanbremeersch dans un article intitulé “Pour un journalisme de données” publié par Slate en juillet dernier, il y a un grand pas qu’il faut se garder de franchir.

Citations :

“De nombreux médias ont compris qu’un article n’était plus l’alpha et l’omega de l’information, mais qu’une infographie, voire la compilation intelligente de données, mises à disposition sur un site Internet, était un meilleur levier d’information qu’un article, qu’une tribune d’expert. Les meilleurs articles d’information, en ligne, les plus consultés, sont souvent de beaux diagrammes”, s’enflamme l’ami Vanbremeersch, un HEC qui ne dirige pas une école de journalisme mais une agence “conseil en communication corporate”.
Et de poursuivre : “Les pouvoirs (Amaury Sport Organisation, l’Elysée) ont un intérêt objectif à maîtriser la divulgation de l’information (…). Les contre-pouvoirs (les médias, les opposants) ont intérêt à travailler non à simplement commenter, mais à fournir leurs données. Se contenter du commentaire, c’est jouer le jeu du storytelling des pouvoirs. Entrer dans la donnée, c’est jouer la subversion”.
Avant de conclure carrément : “Dans un monde d’hyper commentaires, mais aussi de grande puissance de compilation et calcul, la véritable médiation avec la réalité se fait par la donnée”.
Un autre tenant du data-journalism, Fabrice Epelboin qui n’est pas journaliste non plus (il se présente comme “creative geek, startupper, web strategy consultant, editor of Readwriteweb France”) en appelle donc dans ce papier à une refonte de la formation initiale des journalistes pour les préparer “à ce tournant du métier”.

OK les gars mais il y a un petit Problème. On part du journalisme sportif – celui qui par nature se prête le mieux à l’exégèse statistique avec ses scores et temps chronométrés – pour généraliser à l’ensemble du métier ! Et en creux, on sent bien que certains fanatiques du “journalisme de données” à l’anglo-saxonne voudraient carrément en finir avec le “journalisme de narration” à la française. Bref faire la peau à ce bon vieux Albert Londres
C’est à ce moment là je mets le holà !
Si le journalisme de données répond dans certains cas au besoin de traiter l’avalanche d’informations qui déferle sur nous par tous les tuyaux et sur tous les écrans de la civilisation numérique, bref à nous rassurer face à “l’infobésité” qui menace (voir ce bel article savant), cette tendance à vouloir objectiviser à outrance la réalité me donne la chair de poule. Car précisément, le journalisme c’est d’abord affaire de chair ! Une belle plume pour décrire le réel avec des morceaux d’humanité dedans vaut bien mieux que tous les tableaux Excel du monde.  On dénonce le “story telling” des “spin doctors” qui nous manipulent ? Très bien. Mais le métier de journaliste c’est d’abord raconter les ressorts d’une actualité en répondant le mieux possible aux fameux “5 W” : Qui ? Quoi ? Où ? Quand ? Comment ? (voire 6 W avec le Pourquoi ?). Or les chiffres à eux-seuls sont bien incapables de répondre à ce questionnement qui est à la base de tout article normalement constitué.
Que diantre, ce n’est quand même pas avec du “data journalism” qu’Albert Londres a fait fermer  le bagne de Cayenne ! Et plus près de nous, notre confrère Tonino Serafini n’a pas eu besoin de statistiques officielles du ministère des affaires sociales pour dire dans “Libération” la misère et la détresse humaine des sans-abris du Bois de Vincennes : il n’a fait que raconter ce qu’il voyait.

L’analyse des chiffres par tous les nouveaux champions du journalisme de bureau ne remplacera jamais les yeux et les oreilles d’un bon journaliste qui prend encore la peine d’aller sur le terrain pour témoigner. Le journalisme d”enquête et d’investigation a sans doute besoin de données chiffrées. Mais de là à transformer tous les porteurs de carte de presse en experts en “data mining”…
La profonde crise – économique mais aussi d’identité – que traverse la presse ouvre un boulevard aux dernières modes technologiques venues d’outre-Atlantique. Et si on les laisse faire, les ingénieurs en référencement prendront bientôt les commandes des journaux. Ils pilotent déjà souvent leurs sites Web. Mais le journalisme de données n’est sûrement pas le meilleur moyen de réconcilier le lecteur avec la presse.  Le récit et le reportage restent des genres majeurs du journalisme à la française qui assume sa part d’engagement et de subjectivité. Et quand la plume et l’histoire sont à la hauteur, le lecteur en redemande : en témoigne le beau succès rencontré par la revue “XXI” fondée par Patrick de Saint-Exupéry…tiens tiens un prix Albert Londres. C’est d’ailleurs une toute jeune journaliste de “XXI”, Sophie Bouillon, qui a décroché à 25 ans le dernier Prix Albert Londres grâce à un formidable reportage africain (“Bienvenue chez Mugabé”).
Bref à tous les zélotes du “data journalism” (qui sont les mêmes que ces partisans du “robot-journalisme” épinglé dans ce récent billet) je dis :
“Nous ne sommes pas des numéros !”.
Le journalisme, c’est aussi affaire de littérature y compris sur le Web où la petite logique comptable et justement statistique a malheureusement tendance à privilégier le “flux” de données en lieu et place de l’info racontée par des journalistes formés à l’enquête, au reportage et au récit.
Jean-Christophe Féraud

» Article initialement publié (et commenté!) sur Mon Ecran Radar et téléporté sur la soucoupe /-)

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